jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2204279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | MEGHERBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 mars 2022 et le 25 août 2022, Mme A E épouse D, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- est entachée d'incompétence de son signataire ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Par une ordonnance du 25 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2022 à 12h00.
Le mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise, enregistré le 14 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Poyet, premier conseiller ;
- et les observations de Me Megherbi, représentant Mme E épouse D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E épouse D, ressortissante algérienne née le 8 décembre 1993 à El Biar (Algérie), est entrée en France le 26 août 2019 munie d'un visa de type " D " valable jusqu'au 23 novembre 2019. Elle a bénéficié de titres de séjour portant la mention "étudiant " jusqu'au 30 septembre 2021. Le 10 novembre 2021, elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le 9 février 2022, elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement de l'article 7 a) du même accord. Par un arrêté du 2 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E épouse D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour a été signée par Mme B F, cheffe du bureau du contentieux des étrangers à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n° 21-038 du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet du Val-d'Oise. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, la décision attaquée est prise au visa de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle précise que Mme E épouse D est entrée en France le 26 août 2019 munie d'un " VLS/TS étudiant " puis a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " dont le dernier a expiré le 30 septembre 2021, qu'elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise un changement de statut, le 10 novembre 2021, et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, que par un courriel, en date du 25 janvier 2022, elle a indiqué ne plus être en mesure de produire de document à caractère professionnelle permettant son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée, que le 9 février 2022, elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement de l'article 7 a) du même accord, qu'elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'elle ne justifie pas de la production du visa long séjour mentionnée à l'article 9 du même accord, qu'elle ne peut prétendre au renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " au titre du protocole, titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ayant achevé ses études, qu'au vu de l'ensemble de ces éléments elle ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation en qualité de salarié, qu'elle ne peut davantage bénéficier des dispositions de l'article 6-5 de l'accord précité dès lors que, selon ses déclarations, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et que son époux, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité peut demander une introduction de son épouse au titre du regroupement familial, que la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, la requérante n'établit avoir informé le préfet du Val-d'Oise, antérieurement à la date de la décision attaquée, de son état de grossesse. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse D est entrée sur le territoire français le 26 août 2019 munie d'un visa de type " D " valable jusqu'au 23 novembre 2019. Elle a ensuite bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 30 septembre 2021. Elle a réussi, en 2021, le diplôme de master 2 en génie civil option " bâtiment, infrastructures, voiries et réseaux diverses ". Le 10 novembre 2021, elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 puis, le 9 février 2022, un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement de l'article 7 a) du même accord. Elle est mariée depuis le 21 août 2021 avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 28 mai 2022, et produit une attestation de grossesse précisant une date présumée de début de grossesse, le 22 octobre 2021, ainsi qu'un contrat de travail à durée déterminée conclu avec la société " SITS ", signé le 15 novembre 2021. Toutefois, la requérante résidait en France depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée et n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie où résident notamment ses parents, ses sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. En outre, elle est susceptible de bénéficier de la procédure du regroupement familial. Dans ces conditions, et eu égard à la possibilité pour son époux de solliciter le bénéfice du regroupement familial, le préfet du Val-d'Oise, en refusant de l'admettre au séjour, n'a pas fait une inexacte application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme E épouse D à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
7. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours doit être écartée.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de Mme E épouse D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par Mme E épouse D doivent, par suite, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme E épouse D est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse D et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. C et Mme G, premiers conseillers,
Assistés de Mme Lefebvre, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
M. CLa présidente,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026