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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204282

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204282

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 mars et 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Cergy a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et le versement de l'allocation de demandeur d'asile à compter de leur cessation, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'examen de sa vulnérabilité ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant son édiction ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que sa situation ne correspond à aucune de celles énumérées à cet article ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés, en sollicitant une substitution de base légale.

Par un courrier du 17 mars 2023, le président de la 2ème chambre du tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, au vu de l'ordonnance n° 2204284 du 19 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, invité M. A à maintenir ses conclusions dans un délai d'un mois à peine de désistement d'office.

Par une lettre, enregistrée le 22 mars 2023, M. A a déclaré maintenir l'ensemble de ses conclusions.

Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- l'ordonnance n° 2204284 du 19 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 5 novembre 1974, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 18 novembre 2019 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val d'Oise. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en a bénéficié à compter de cette date. Le 7 octobre 2020, M. A a fait l'objet d'un transfert à destination de la Suède, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, qui a rejeté cette demande. Le 7 décembre 2021, il a présenté une nouvelle demande d'asile, qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val d'Oise. Le même jour, le directeur territorial de l'OFII de Cergy l'a informé de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par une décision du 13 janvier 2022, dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que l'intéressé a présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat responsable de l'instruction de sa demande d'asile, ce qui est assimilable à une demande de réexamen. Elle énonce également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il était mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs, il ressort des termes de ladite décision que, contrairement à ce qui est soutenu, l'administration s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En deuxième lieu, l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Conformément à l'article L.531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. / Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

6. D'une part, la circonstance que le retour de M. A sur le territoire français après avoir fait l'objet d'un transfert vers la Suède, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, ne puisse être regardé comme un manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile susceptible de fonder une décision de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en application de l'article L. 551-16 précité, est admise par l'OFII, lequel demande toutefois qu'y soit substitué l'article L. 551-15 comme base légale de la décision attaquée.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier ainsi d'ailleurs que des écritures mêmes du requérant que celui-ci a précédemment demandé l'asile en France le 18 novembre 2019, qu'il a été transféré le 7 octobre 2020 vers la Suède, pays responsable de l'examen de cette demande, et que les autorités de ce pays ont définitivement rejeté sa demande d'asile. Ainsi, la nouvelle demande d'asile qu'il a présentée, après son retour en France, le 7 décembre 2021, doit être regardée comme une demande de réexamen de sa demande d'asile.

8. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'a été privé d'aucune garantie de procédure tenant à l'édiction de la décision en cause, il y a lieu de faire droit à la demande du directeur général de l'OFII tendant à ce que l'article L. 551-15 soit substitué à l'article L. 551-16 comme fondement légal de la décision.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

10. Il ressort clairement des pièces du dossier que les services de l'OFII de Cergy ont procédé à un premier entretien portant sur la vulnérabilité de M. A le 18 novembre 2019, lors de l'enregistrement de sa première demande d'asile, et d'un second, le 7 décembre 2021, à l'occasion du dépôt de sa seconde demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute d'un tel entretien, la décision contestée aurait été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière, manque en fait.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que la décision contestée doit être regardée comme une décision portant refus des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure mentionnée aux articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, dont, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'elles ont été appliquées, ne peut donc qu'être écarté comme inopérant. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 551-16 du même code, en ce que sa situation ne correspond à aucune de celles énumérées à cet article.

12. En dernier lieu, le requérant n'établit ni même n'allègue sérieusement qu'il se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle qu'en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, la circonstance que la Suède l'a obligé à quitter le territoire à destination de l'Afghanistan étant insusceptible de venir au soutien de ce moyen.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 janvier 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Cergy a refusé à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

.

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