mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2204291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 mars 2022, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée le 14 mars 2022 par M. B A.
Par cette requête, M. A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision de la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge en date du 9 novembre 2021 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre aux services de l'OFII, à titre principal, de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation concrète ;
- elle méconnaît les dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- dès lors qu'une décision explicite est intervenue le 9 mars 2022, les conclusions dirigées contre la décision implicite sont sans objet ;
- les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2204293 du 19 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant nigérian né le 17 mars 1986, entré en France le 30 mai 2016, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 9 novembre 2021 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le même jour, il a refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée par l'OFII. Par une décision du 9 novembre 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a, en conséquence, refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 19 novembre 2021, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite du directeur général de l'OFII rejetant ce recours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'objet du litige :
4. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 9 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a explicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré de ce que le directeur général de l'OFII ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire est inopérant. En tout état de cause, la décision expresse de rejet du recours administratif préalable en date du 9 mars 2022 comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des observations produites par le directeur général de l'OFII, que M. A a pu bénéficier d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité dans une langue qu'il comprend le 9 novembre 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, entretien au cours duquel il n'a pas été mis en évidence d'éléments particuliers de vulnérabilité. De surcroît, il a fait l'objet d'un second entretien le 9 mars 2022, soit le jour même de la décision explicite de rejet de son recours administratif. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de cette décision, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'OFII n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité. La procédure n'est donc pas entachée d'irrégularité de procédure sur ce point.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; (). ". Aux termes de l'article L. 551-3 de ce code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration détermine la région de résidence en fonction de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région en application du schéma national et en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur au regard de l'évaluation prévue au chapitre II du titre II et de l'existence de structures à même de prendre en charge de façon spécifique les victimes de la traite des êtres humains ou les cas de graves violences physiques ou sexuelles ".
9. M. A soutient que l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L. 551-3 précité en ne prenant pas en compte sa situation personnelle et familiale pour lui proposer une région d'orientation, en l'occurrence l'Isère, que le requérant a refusée, ce qui a conduit la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge à fonder sa décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 9 novembre 2021. Il produit à l'appui de ce moyen des éléments attestant de la réalité et l'intensité de sa relation avec un ressortissant nigérian titulaire d'une carte de résident, domicilié à Bordeaux.
10. Toutefois, il ressort de la décision du 9 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. A, qui, ainsi qu'il a été dit au point 4, s'est substituée à la décision du 9 novembre 2021, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a également été refusé au motif qu'il a présenté sa demande d'asile tardivement sans motif légitime. A cet égard, M. A, qui ne conteste pas la décision sur ce point, n'établit ni même n'allègue l'existence d'un motif légitime qui expliquerait qu'il ait attendu le 9 novembre 2021, soit plus de cinq ans après son entrée sur le territoire français, pour présenter sa demande d'asile en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Ainsi, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas, s'il n'avait retenu que le motif tiré de la présentation tardive par M. A de sa demande d'asile, adopté une décision différente, le moyen de la méconnaissance de l'article L. 551-3 du même code, même à le supposer fondé, est inopérant.
12. En cinquième lieu, M. A fait valoir qu'il ne souhaite pas rompre le suivi médico-psychologique et associatif dont il bénéficie en région parisienne, ni être éloigné de son compagnon. Toutefois, d'une part, si le certificat médical établi 17 novembre 2021 par un praticien du centre psychiatrique d'orientation et d'accueil Georges Daumezon souligne que M. A doit faire l'objet d'un suivi psychiatrique régulier et bénéficier d'un traitement antipsychotique, et si l'attestation de l' " Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour " du 9 janvier 2022 certifie accompagner M. A, cette circonstance ne révèle pas une vulnérabilité particulière. D'autre part, dans son recours administratif préalable obligatoire, M. A a précisé qu'il acceptait d'être éloigné de son compagnon. Dès lors, l'intéressé ne se prévalant d'aucune vulnérabilité particulière à la date de la décision attaquée, et alors qu'il ne justifie d'aucun motif légitime qui expliquerait le dépôt tardif de sa demande d'asile, motif retenu par le directeur général de l'OFII ainsi qu'il a été dit au point 10, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation concrète.
13. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée des dispositions de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'à la date de ladite décision, cette directive avait été transposée en droit interne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette directive ne peut qu'être écarté comme inopérant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a explicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision de la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge en date du 9 novembre 2021 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
L'assesseur le plus ancien
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026