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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204382

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204382

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDE CLERCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2022, Mme A B représentée par Maître De Clerck demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

-elle méconnait les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme la décision attaquée et produit les pièces constitutives de son dossier.

Par une ordonnance du 21 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante kosovare née le 8 juin 2000, est entrée sur le territoire français le 9 décembre 2014 selon ses déclarations. Le 14 juillet 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté du 4 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, que le préfet a mentionné les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de la requérante, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la demande d'admission exceptionnelle présentée par Mme B le 14 juillet 2021 et rappelle les éléments de sa situation administrative, familiale et personnelle. Il a notamment précisé les motifs pour lesquels il a estimé qu'il ne pouvait pas régulariser à titre exceptionnel la situation de Mme B eu égard à ses conditions de séjour en France, que sa mère réside irrégulièrement en France et qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident son père et une partie de sa fratrie. Il a également indiqué que l'intéressée ne pouvait se prévaloir à titre subsidiaire des dispositions des articles L. 422-1 et L.422-3 du code précité. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Si Mme B soutient que la faute d'orthographe figurant à son nom dans l'arrêté attaqué, révèle un défaut d'examen, cette circonstance, qui constitue une simple erreur matérielle, n'a aucune incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'établit pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et qu'il ressort de la décision litigieuse que sa situation n'a pas été examinée sur ce fondement. Ce moyen sera donc écarté en raison de son inopérance.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. L'intéressée fait valoir sa durée de présence continue en France depuis 2014, où elle est arrivée à l'âge de 14 ans, l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire où résident sa mère et une partie de sa fratrie, sa scolarité et sa parfaite maitrise de la langue française. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'établit pas sa présence continue sur le territoire, durant la période comprise entre la fin de l'année scolaire 2019 jusqu'à la date de sa demande d'admission exceptionnelle déposée auprès des services de la préfecture le 14 juillet 2021 et que sa mère réside irrégulièrement sur le territoire, d'autre part elle ne produit aucun élément de nature à démontrer l'existence et l'intensité des liens familiaux dont elle se prévaut alors qu'il est constant qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident son père et deux de ses frères et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 14 ans. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que son admission au séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels et que l'arrêté en litige méconnaîtraient ainsi l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme B fait valoir sa durée de présence en France depuis 8 ans et les liens développés sur le territoire. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit au point 7, que la requérante ne démontre, ni une présence continue sur le territoire, ni l'existence de liens développés en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En sixième lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit par suite être écarté.

11. En septième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ".

13. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

14. Il ressort de la fiche de renseignements remplie par Mme B qu'elle a fourni, aux services de la sous-préfecture d'Argenteuil le 14 juillet 2021, des informations précises relatives à sa situation administrative, personnelle et familiale. L'intéressée se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, sans préciser en quoi elle disposait d'autres informations pertinentes qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté litigieux et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps à l'administration, auraient été de nature à faire obstacle à la mesure d'éloignement qui lui est opposée. Il n'est pas allégué qu'elle aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de la violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu avant l'édiction d'une décision administrative individuelle défavorable, doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté litigieux. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles liées aux frais du litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°220438

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