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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204532

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204532

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, Mme C B, épouse D, représentée par Me Magdeleine, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2021, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Magdeleine au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Mme B, épouse D soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le préfet du Val-d'Oise de justifier avoir saisi pour avis médical l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'avis rendu par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier, dès lors que :

- l'auteur du rapport médical n'est pas identifiable ;

- le rapport médical n'a pas été transmis au collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la composition du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulière ;

- il est entaché d'un défaut de signature ;

- la délibération n'a pas été collégiale ;

- il ne mentionne pas les éléments de procédure ;

- méconnaît les stipulations les l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Val-d'Oise a été mis en demeure le 7 juin 2022.

Par une ordonnance en date du 6 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2022.

Le mémoire défense du préfet du Val-d'Oise, enregistré le 9 décembre 2022, après clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 21 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B, épouse D, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, épouse D, ressortissante algérienne, a demandé au préfet du Val-d'Oise, le 12 juin 2018, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en sa qualité d'accompagnant d'enfant malade. Par un arrêté du 3 juillet 2019, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée en cas d'exécution d'office. Par le jugement n° 1914158, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B, épouse D, une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. La situation de la requérante a été réexaminée par le préfet du Val-d'Oise, le 22 janvier 2021, et Mme B, épouse D a été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 28 mai 2021 au 27 novembre 2021. Par un arrêté du 31 août 2021, dont Mme B, épouse D, demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes du paragraphe 1. de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, épouse D, formulée en raison de l'état de santé de son enfant A, né le 6 mai 2016, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur un avis qu'aurait émis le 2 août 2021 le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que si l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il existe un traitement approprié dans son pays d'origine dont il peut effectivement bénéficier. Toutefois, et à supposer même que le préfet du Val-d'Oise ait recueilli un tel avis, il ressort des pièces du dossier que le jeune A, âgé de cinq ans à la date de la décision attaquée, souffre d'une lissencéphalie avec spasme, apparue à l'âge de 4 mois, et que cette pathologie est à l'origine d'une épilepsie pharmaco-résistante nécessitant une prise en charge quotidienne lourde et un suivi régulier spécialisé relevant des centres de référence des épilepsies rares, qui le place dans une situation de polyhandicap très sévère. Il ressort des ordonnances des 12 janvier, 13 avril et 17 août 2021, et des certificats accompagnant la demande formulée auprès de la maison départementale pour les personnes handicapées du Val-d'Oise, que la prise en charge médicale de l'enfant comprend un traitement médicamenteux consistant en la prise de médicaments non substituables, à savoir le Valproate de sodium (Micropakine LP), la Lamotrigine (Lamictal), le Clobazam (Urbanyl) et la Mélatonine, ainsi qu'un suivi pluridisciplinaire assuré par un ergothérapeute, un kinésithérapeute, un orthophoniste et un psychomotricien. En outre, la requérante produit des certificats provenant, notamment, d'un psychiatre et d'un neurologue exerçant en Algérie, et un document du ministère de l'industrie pharmaceutique algérien, qui font état de l'indisponibilité de la Micropakine LP, de l'Urbanyl et de la Mélatonine en Algérie. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme B, épouse D, est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant et méconnaît les stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 31 août 2021 du préfet du Val-d'Oise doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B, épouse D un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement pour délivrer ce titre. Il y a également lieu, en d'application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement, à l'avocate de Mme B, épouse D, d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Magdeleine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 31 août 2021, susvisé, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B, épouse D, un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'État versera à Me Magdeleine, avocate de Mme B, épouse D, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B, épouse D, est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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