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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204651

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204651

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 mars 2022 et 10 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé son pays de renvoi, et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait et de qualification juridique ;

- le préfet ne mentionne pas expressément le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans celle des dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors que la décision de refus de titre de séjour qui la fonde est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet. Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi en date du 9 octobre 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née en 1972, déclare être entrée en France le 4 mars 2012. Elle a sollicité le 24 octobre 2017 l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val d'Oise lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour par un arrêté en date du 17 janvier 2018 et, par le même arrêté, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 10 septembre 2018, Mme B demandait l'annulation de cet arrêté. Par un jugement n°180971 en date du 18 mars 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté cette requête. Le 11 décembre 2021, Mme B a sollicité l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, et a fixé son pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " L'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".

3. En l'espèce, aux termes de son arrêté, le préfet des Hauts-de-Seine a visé les dispositions de l'article L.435-1 dont Mme B s'était prévalue à l'appui de sa demande de titre de séjour, ainsi que les stipulations de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi, et celles des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de Mme B, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale en relevant que célibataire et sans charge de famille, elle n'était pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été, comme en l'espèce, rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Enfin, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de Mme B et mentionne que celle-ci n'est pas exposée dans son pays d'origine à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces trois décisions comportent ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent leur fondement et sont dès lors suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme B fait valoir que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas mentionné la date exacte de son entrée en France ni la réalité de sa situation conjugale. D'une part, si Mme B allègue être entrée en France le 22 février 2012 et non le 4 mars 2012 comme mentionné par le préfet des Hauts-de-Seine aux termes de son arrêté du 1er mars 2022, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. D'autre part, si Mme B fait valoir qu'elle est fiancée avec un ressortissant égyptien titulaire d'un titre de séjour italien, elle se borne à produire seulement une attestation manuscrite de ce dernier, et n'établit en rien la réalité de cette union ni de leur vie commune. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'erreurs de fait ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que les dispositions de ce code s'appliquent " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ". L'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord (). ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Les stipulations susmentionnées de l'article 3 de l'accord franco-marocain régissent l'intégralité des conditions dans lesquelles un titre de séjour portant la mention " salarié " est délivré aux ressortissants marocains. Ces stipulations font, dès lors, obstacle à l'application, aux ressortissants marocains, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point précédent, en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ". Toutefois, si les ressortissants marocains ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ils peuvent, en revanche, se prévaloir des dispositions de cet article à l'appui d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

7.Pour contester la décision de refus de titre de séjour du préfet du Val d'Oise, Mme B se prévaut de la durée de sa présence en France, soit dix ans, de son expérience professionnelle, de ses attaches familiales en France ainsi que de son intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante était, à la date de la décision en litige, célibataire et sans charge de famille. Si elle produit l'intégralité de ses bulletins de salaire, ceux-ci attestent seulement d'une activité irrégulière, à partir du mois de février 2019, dont le cumul des revenus et d'expérience est insuffisant à attester de son intégration professionnelle stable. Il en est de même pour la signature d'une promesse d'embauche en date du 28 octobre 2021 avec la société POLDOM pour un emploi en tant qu'agent d'entretien à temps partiel sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, rémunéré à hauteur de 800 euros par mois. Si Mme B produit une attestation de prise en charge financière par sa sœur, ainsi que des relevés bancaires attestant d'une épargne importante, ces pièces ne démontrent pas sa réelle insertion sociale. En outre, si Mme B fait valoir la présence en France de deux de ses sœurs, dont une française, de cinq neveux et nièces, tous français, d'onze cousins et cousines, dont une française, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent deux de ses sœurs et son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Enfin, si Mme B fait valoir qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant égyptien titulaire d'un titre de séjour italien, elle ne produit aucune pièce attestant de leur vie commune. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, la durée du séjour ne constituant pas, à elle seule, de tels motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation la situation de l'intéressée au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la requérante ne peut, à cet égard, utilement se prévaloir des énonciations, dépourvues de caractère réglementaire, de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

8.En cinquième lieu, si Mme B fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, il ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'absence de fixation du pays de renvoi

11. L'article 5 de l'arrêté litigieux dispose que Mme B " pourra être reconduite d'office dans son pays d'origine ou dans tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible ". Par suite, le moyen tiré de ce que ledit arrêté ne mentionne pas le pays de destination vers lequel elle est susceptible d'être renvoyée, manque en fait.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes des dispositions de l'article L .613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En premier lieu, la décision faisant interdiction de retour de Mme B pour une durée d'un an comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

14. Si Mme B, allègue qu'elle est entrée en France en décembre 2012, elle n'y justifie pas d'une intégration professionnelle stable. Par ailleurs, si certains membres de sa famille résident sur le territoire national, l'intéressée est divorcée, sans enfant et n'est pas dépourvue d'attaches au Maroc où résident notamment deux de ses sœurs et un frère et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 40 ans. Enfin, la requérante a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 17 janvier 2018. Dans ces conditions, et alors même que la requérante ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée au demeurant limitée à un an, le préfet n'a pas inexactement apprécié sa situation au regard des dispositions précitées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président ;

- Mme Colin, premier conseiller ;

- Mme Cuisinier Heissler, premier conseiller ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. Colin

Le président,

signé

C. Huon

La greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204651

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