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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204653

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204653

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du directeur territorial de l'OFII de Cergy en date du 3 janvier 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'examen de sa vulnérabilité ;

- à supposer qu'il ait bénéficié d'un tel entretien, il n'est pas démontré que l'agent l'ayant mené avait reçu une formation spécifique à cette fin, conformément aux dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée a été prise en application de l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile qui méconnaît les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le questionnaire ne comporte pas de questions visant à identifier effectivement les personnes vulnérables ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Par ordonnance du 4 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Un mémoire en défense a été présenté par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 7 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par une décision du 13 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- le jugement n° 2200333 du 3 février 2022 du magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et l'ordonnance n° 2202098 du 4 mars 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 30 septembre 1991, entré en France le 19 octobre 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 16 novembre 2021 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val d'Oise. Par une décision du 3 janvier 2022, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait sollicité l'asile, sans motif légitime, dans un délai supérieur à 90 jours suivant son entrée en France. Par un courrier du 19 janvier 2022, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision. M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du directeur général de l'OFII rejetant ce recours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 13 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".

5. D'une part, il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le directeur général de l'OFII à l'encontre du recours administratif préalable obligatoire formé le 19 janvier 2022 par M. B, s'est substituée à la décision du directeur territorial de l'OFII de Cergy en date du 3 janvier 2022, de sorte que les vices propres de cette décision ne sauraient être utilement invoqués à l'appui du présent recours. D'autre part, M. B n'établit pas avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, conformément à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

8. Il ressort des écritures mêmes de M. B que le directeur territorial de l'OFII de Cergy a procédé à un examen de sa vulnérabilité le 3 janvier 2022, avant d'adopter la décision attaquée. Il ressort également de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que M. B a pu utilement faire état de ses problèmes d'audition. Par ailleurs, aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une qualification à cette fin. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée est née à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

9. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision attaquée l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 visé ci-dessus, qui ne constitue pas la base légale de cette décision et n'a pas davantage été prise pour son application.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Le 3° de l'article L. 531-27 du même code fixe au demandeur " le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France " pour présenter sa demande d'asile.

11. M. B soutient n'avoir pu solliciter l'asile dans le délai prévu par l'article L. 551-15 précité, du fait de sa surdité, qui l'aurait empêché d'accomplir les formalités nécessaires. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment d'un certificat médical établi le 1er décembre 2021 par un praticien du centre hospitalier René-Dubos de Pontoise, que l'intéressé est atteint d'une " baisse sensible de l'acuité auditive, en particulier à droite ". Toutefois, ce handicap, qui, au demeurant, n'est pas assimilable à une surdité totale, n'est pas de nature à constituer un motif légitime qui expliquerait qu'il ait attendu le 16 novembre 2021, soit plus de deux ans après son entrée sur le territoire français, le 19 octobre 2019, pour solliciter l'asile. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

12. En sixième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il n'est pas démontré que sa demande d'asile aurait été déposée plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français, il ressort de ses propres écritures qu'il est entré en France le 19 octobre 2019 et que sa demande d'asile n'a été enregistrée que le 16 novembre 2021, soit plus de deux ans plus tard. Le moyen susanalysé doit donc être écarté.

13. En dernier lieu, M. B fait valoir qu'il justifie d'une vulnérabilité particulière, produisant à l'appui de ce moyen le certificat médical mentionné au point 11, ainsi qu'une note sociale de l'Espace social pour l'éducation, la réinsertion et la réflexion 95 datée du 6 janvier 2022. Toutefois, il ne ressort ni du certificat médical, ni de la note sociale, au demeurant rédigée en des termes généraux et laconiques, lesquels ne donnent aucune précision sur les conséquences du handicap sur la situation personnelle du requérant ou sur l'impossibilité pour ce dernier d'assurer seul les gestes de la vie quotidienne et ses démarches administratives, que M. B se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans un état du vulnérabilité tel que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du directeur territorial de l'OFII de Cergy en date du 3 janvier 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

.

.

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