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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204676

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204676

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant de l'admettre au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-22 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 15 juillet 2003, est entré en France le 1er septembre 2018. Le 22 juillet 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Pour refuser d'admettre au séjour M. B sur le fondement de ces dispositions, le préfet a retenu que les documents d'état-civil produits par l'intéressé à l'appui de sa demande constituaient des faux frauduleux. Il s'est appuyé, à cette fin, sur un rapport d'analyse documentaire de la direction de la police aux frontières en date du 12 août 2021 qui concluait que les copies intégrales d'acte de naissance et de jugement supplétif d'acte de naissance de M. B étaient falsifiés dès lors que le Mali ne fait pas usage de telles copies. Toutefois, d'une part, ce rapport peu circonstancié est lui-même fondé sur une source issue du service de la sécurité intérieure du Mali du 26 juillet 2017, et dès lors antérieure aux dates d'édiction mentionnées par les documents produits. D'autre part, M. B verse aux débats une copie d'extrait d'acte de naissance du 30 mars 2022, certifiée conforme par le consul général du Mali dont le préfet, qui se borne à faire valoir en défense qu'elle est postérieure à la décision attaquée, ne remet pas en cause l'authenticité. Dans ces conditions, la fraude alléguée par le préfet pour refuser d'admettre M. B au séjour n'est pas établie.

4. Le préfet des Hauts-de-Seine fait par ailleurs valoir en défense que les résultats médiocres de M. B ne permettent pas de caractériser un suivi réel et sérieux de la formation qui lui est prescrite. Ce motif n'étant pas au nombre de ceux qui figurent dans l'arrêté pour refuser de délivrer au requérant un titre de séjour sur ce fondement, le préfet doit être regardé comme demandant, à titre subsidiaire, une substitution de motifs. Cependant, si les résultats de M. B en première année de CAP sont faibles, ils se sont substantiellement améliorés au cours de sa seconde année de formation, ses professeurs soulignant son implication et les efforts accomplis. Par ailleurs, M. B, qui réside en France depuis près de quatre ans, bénéficie d'un contrat " jeune majeur " dans le cadre de la politique du département des Hauts-de-Seine et travaille, dans une filière en tension, en qualité d'apprenti pour le compte de la société KFC, établie à Clamart. Il verse aux débats le rapport social de la référente éducative du 30 avril 2022 qui évoque " un jeune dont l'évolution est très positive " et qui " a trouvé sa place dans la société française ", ainsi qu'une lettre de recommandation du 25 mars 2022 par laquelle le coordinateur du dispositif d'apprentissage relève un " engagement personnel remarquable " et " un jeune qui s'est montré particulièrement motivé et investi dans sa démarche d'insertion au sein de la société française ". Ces pièces, bien que postérieures à la décision attaquée, font état d'une situation de fait existante à la date de cette décision et peuvent donc utilement être produites devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, eu égard à sa volonté d'intégration professionnelle et sociale dans la société française, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de l'admettre au séjour, a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il est fondé à demander l'annulation de cette décision et, par voie de conséquence, de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour prononcée à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour en France pour une durée d'un an, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme C et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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