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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204731

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204731

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Hug, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 7 janvier 2022, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, confirmée suite au rejet implicite de son recours gracieux en date du 3 avril 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard depuis le 7 janvier 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Hug d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.

Mme A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, du fait de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;

- est illégale, dès lors qu'elle a été prise après une évaluation de sa vulnérabilité effectuée en application de l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 lui-même illégal ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle est arrivée en France le 17 décembre 2021.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 30 juin 2023.

Par une ordonnance en date du 27 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 26 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 7 janvier 2022 le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A, demandeuse d'asile de nationalité sénégalaise. Le 2 février 2022, Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Le 3° de l'article L. 531-27 du même code fixe au demandeur " le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France " pour présenter sa demande d'asile.

3. Pour prendre la décision en date du 7 janvier 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, se fondant sur les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a retenu que Mme A avait présenté " sans motif légitime " sa demande d'asile le 7 janvier 2022, soit plus de 90 jours après son entrée en France. Toutefois, la requérante soutient, sans être contredite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 30 juin 2023, produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, avoir séjourné en Espagne du 23 septembre au 17 décembre 2021, date à laquelle elle est entrée sur le territoire français. En outre, la requérante justifie, d'une part, notamment par la production d'une carte de vaccination contre la covid-19 et des résultats d'un test de dépistage de ce virus effectué à Dakar, qu'elle se trouvait au Sénégal les 20 et 22 septembre 2021 et, d'autre part, en versant au dossier un certificat de prise en charge établi en date du 4 mars 2022 par l'association ESPERER 95 - Pôle SIAO du Val-d'Oise, que son premier appel en vue de bénéficier d'un hébergement d'urgence appartenant au 115 ou partenaire de celui-ci date du 24 décembre 2021. Dans ces conditions, la déclaration de Mme A quant à la date de son arrivée en France peut être tenue comme établie par les pièces du dossier. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir qu'elle a présenté sa demande d'asile moins de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français et que c'est, par suite, à tort que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

4. Il résulte de ce qui précède que le refus opposé à Mme A doit être regardé comme entaché d'une erreur de fait qui est de nature à en justifier l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 7 janvier 2022. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

7. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à l'avocate de Mme A d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire, née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur celui-ci, formé par Mme A le 2 février 2022, tendant à l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy portant refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 7 janvier 2022, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Hug, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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