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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204776

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204776

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 mars 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a ordonné l'ouverture d'une procédure juridictionnelle d'exécution, suite à la demande de M. A B, enregistrée le 12 novembre 2020.

Par cette demande et des mémoires, enregistrés les 28 janvier 2021, 28 février 2021 et 12 janvier 2023, M. B, représenté par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) d'assurer l'exécution, du jugement rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 29 juin 2017 dans l'instance n° 1411844, dans le délai de quinze jours à compte de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 400 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le jugement rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 29 juin 2017 dans l'instance l'opposant au CROUS de Paris, rendu en sa faveur, n'a pas été exécuté.

Par deux mémoires, enregistrés les 7 avril 2021 et 21 avril 2022, le CROUS de Paris, représentée par Me Begue, demande au tribunal de conclure à l'existence de difficultés sérieuses faisant obstacle à l'exécution du jugement et, à titre subsidiaire, d'ordonner la compensation entre les sommes qu'il doit à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les créances qu'il détient sur ce dernier.

Il fait valoir que :

- il existe un doute sérieux sur l'identité de M. B, faisant obstacle à sa réintégration en exécution du jugement ;

- en tout état de cause, les sommes qu'il doit au titre des frais non compris dans les dépens à M. B doivent être compensées, dès lors que ce dernier, qui a indument perçu le supplément familial de traitement, lui est redevable de la somme de 4 670,01 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.

Par un courrier du 8 décembre 2022, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B visant à l'exécution de l'article 2 du jugement n° 1411844 du 29 juin 2017 relatif à la condamnation du CROUS de Paris à verser à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors qu'il appartenait à M. B de saisir le comptable public compétent d'une demande visant au mandatement d'office de cette somme avant de saisir le juge de l'exécution.

Vu :

- le jugement n°1411844 du 29 juin 2017 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les pièces du dossier de la phase administrative d'exécution de ce jugement, enregistrées sous le même numéro ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Me Ben Hamouda, représentant le CROUS de Paris.

Le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a produit une note en délibéré, enregistré le 17 mars 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

2. Par un jugement du 29 juin 2017, le tribunal a, dans son article 1er, annulé la décision du 29 septembre 2014 par laquelle le directeur du CROUS de Paris a licencié pour motif disciplinaire M. B et, dans son article 2, mis à la charge de cet établissement, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à M. B de la somme de 1 500 euros. A l'appui de sa demande d'exécution présentée sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, M. B fait valoir qu'aucun des deux articles du dispositif de ce jugement n'a reçu exécution.

Sur les conclusions tendant à obtenir l'exécution du jugement précité n° 1411844 :

En ce qui concerne la réintégration :

3. L'annulation, par le jugement précité du 29 juin 2017 du tribunal administratif de Cergy - Pontoise, de la décision du 29 septembre 2014 prononçant le licenciement de M. B implique nécessairement que le CROUS de Paris procède à la réintégration dans ses fonctions de l'intéressé, qui était en contrat à durée indéterminée, à compter de la date effective du licenciement décidé le 29 septembre 2014.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, plus de cinq années après la décision, le CROUS de Paris n'a pris aucune mesure propre à assurer l'exécution du jugement précité en tant que celui-ci implique de procéder à la réintégration de M. B dans ses fonctions. Pour justifier de l'existence d'une difficulté sérieuse d'exécution, le CROUS fait valoir qu'il existe un doute sur l'identité de M. B dès lors que les données identifiantes figurant sur sa carte vitale et son titre de séjour, fixant sa date de naissance à l'année 1974 et établissant qu'il est de nationalité sénégalaise, diffèrent de celles figurant sur les actes de naissance de ses enfants, dont il s'est prévalu pour obtenir le supplément familial de traitement : ces actes de naissance mentionnent un nom et un prénom identiques, mais une date de naissance et une nationalité différentes. Toutefois, il résulte de l'instruction que par un jugement du 14 mars 2017, le tribunal de grande instance de Paris a conclu à l'existence d'un lien de filiation paternelle entre M. A B, né en 1974 et de nationalité sénégalaise, et les trois enfants en question, ordonnant une mention marginale corrective sur leurs actes de naissance, levant ainsi tout doute possible sur l'identité de M. B. Dans ces conditions, le CROUS de Paris ne saurait se prévaloir d'une quelconque difficulté d'exécution. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à cet établissement, pour la complète exécution du jugement n° 1411844 du 29 juin 2017, de procéder à la réintégration de M. B dans ses fonctions, à compter de la date d'effet du licenciement dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

En ce qui concerne la reconstitution des droits à pension de retraite et des droits sociaux :

5. Il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le CROUS de Paris n'a pris aucune mesure propre à assurer l'exécution du jugement précité, en tant que celui-ci implique de procéder à la reconstitution des droits à pension de retraite et des droits sociaux de M. B. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au CROUS de Paris de procéder à la reconstitution de ces droits au bénéfice de M. B, à compter de la date d'effet du licenciement dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

En ce qui concerne les frais liés à l'instance n° 1411844 :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi nº 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables : " article 1er: I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance nº 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement () ". ".

7. Le jugement n° 1411844 étant exécutoire, il appartenait à M. B, en cas d'inexécution de la décision rendue à son bénéfice dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme mise à la charge du CROUS sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en saisissant le comptable du Trésor public compétent pour cet établissement aux fins de paiement de la somme due. Par suite, le requérant, qui n'a pas mis en œuvre préalablement ces diligences, n'est pas recevable à demander qu'il soit enjoint au CROUS de Paris de s'acquitter de cette somme sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : "Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CROUS de Paris la somme demandée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : Il est enjoint au CROUS de Paris de procéder à la réintégration de M. B dans ses fonctions, ainsi qu'à la reconstitution de ses droits sociaux et à pension de retraite à compter de la date d'effet du licenciement décidé le 19 septembre 2014 dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La décision sera notifiée à M. A B, au CROUS de Paris et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme D et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

signé

M. DLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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