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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204884

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204884

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 6 avril et 4 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de la munir à compter du jugement à intervenir une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et en cas où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser cette somme.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet a examiné sa demande en tant que conjoint de français alors qu'elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 423-21 du code précité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du 2°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet s'est cru à tort lié par les dispositions fixant par défaut le délai de départ volontaire à trente jours ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, a dispensé ce dernier de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A,

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), née le 26 avril 1999, est entrée sur le territoire français en 2005. Elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 23 septembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est arrivée en France, en 2005 à l'âge de 6 ans où vivent également sa mère et sa sœur ainée, titulaires d'une carte de résident, et ses sœurs cadettes, de nationalité française. Elle y a poursuivi l'ensemble de sa scolarité sans interruption du cours préparatoire en 2005 au lycée qu'elle a quitté en 2017. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de la note sociale circonstanciée rédigée le 29 mars 2021 par l'association spécialisée l'" Amicale du Nid " qu'après avoir été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance pendant l'année 2018 en raison de difficultés familiales, elle est suivie depuis 2019, dans le cadre d'un parcours de sortie de prostitution, par cette association qui l'aide à se reconstruire et l'a accompagnée dans son action judiciaire à l'encontre du proxénète dont elle a été victime qui a été condamné par un jugement correctionnel du 6 juillet 2021 à une peine d'emprisonnement de trois ans et à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts. La même note relève que l'intéressée qui a de nouveau déposé deux plaintes pour des faits de violence, en septembre 2020 et février 2021, reste vulnérable et maintient un lien régulier avec l'association. Il résulte de ce même document que Mme C porte un projet professionnel à savoir exercer le métier de coiffeuse et est déterminée à suivre une psychothérapie. Dès lors, compte tenu de l'ensemble de ces circonstances particulières, le préfet des Hauts de Seine, en obligeant Mme C à quitter le territoire français, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 septembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine portant refus de délivrer un titre de séjour à Mme C doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant à trente jours son délai de départ volontaire et son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte

4. Le présent jugement, eu égard au motif de l'annulation prononcée, implique que le préfet des Hauts-de-Seine délivre à Mme C un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de procéder à cette délivrance, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative :

5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à celui-ci de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Rochiccioli une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Rochiccioli.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. A

La présidente,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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