jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2204921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | SCALBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, M. A B, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, ou à M. B dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle et est entachée d'erreur de fait ;
- le préfet a méconnu l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui la fonde ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fondent ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fonde ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, révélant ainsi un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Casagrande, substituant Me Scalbert, pour M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 22 décembre 2002, demande l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Il y a lieu, dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle formée par M. B, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans, qu'il justifie suivre la formation qui lui a été prescrite et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. En l'espèce il ressort des pièces du dossier, en premier lieu, que M. B s'est vu confier au service de l'aide sociale à l'enfance du département des Hauts-de-Seine par une ordonnance du 28 mai 2018, alors qu'il était âgé de quinze ans et cinq mois. Il a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 le 26 mai 2021, alors qu'il était âgé de dix-huit ans et cinq mois. Il est constant qu'il est inscrit en deuxième année de CAP " production, service, restauration " et qu'il suit cette formation, qui lui a été prescrite par le service de l'aide sociale à l'enfance. Enfin, il n'est pas établi, ni même allégué, que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public.
5. En deuxième lieu, depuis sa majorité, M. B est signataire d'un contrat jeune majeur. Par ailleurs, le requérant est actuellement scolarisé en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " production et service en restaurations " et a été recruté par la commune de Villeneuve-la-Garenne en qualité de vacataire pour assurer des missions d'agent polyvalent au sein du service " logistique restauration entretien " de la ville, pour la période du 1er décembre 2021 au 6 juillet 2022. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a donné entière satisfaction lors des stages qu'il a précédemment effectués au sein de ce service dans le cadre de sa scolarité, qu'il obtient d'excellents résultats en enseignement professionnel malgré ses difficultés en langue française, et qu'il fait montre de motivation quant à son projet professionnel, ainsi qu'en attestent deux de ses professeures, la conseillère principale d'éducation et deux assistants d'éducation du lycée dans lequel il est scolarisé, ainsi que l'éducatrice spécialisée en charge de son suivi. S'il a connu des problèmes d'assiduité, il les explique par son état de santé, ainsi que le confirme l'éducatrice spécialisée chargée de son suivi.
6. En troisième lieu, il ressort de la note sociale rédigée par cette éducatrice et n'est pas contesté qu'après le décès de ses parents, M. B a été hébergé en Côte-d'Ivoire par une tante mais qu'il a dû quitter le domicile de cette dernière en raison de la violence exercée par son oncle, et qu'il n'a désormais plus aucun lien avec sa famille restée dans son pays d'origine.
7. En quatrième lieu, cette même note mentionne que malgré les difficultés découlant de son passé familial, de son état de santé, de son absence de maîtrise de la langue française et de l'expression écrite à son arrivée en 2018, M. B a mis en œuvre d'importants efforts d'insertion sociale, en vue notamment d'apprendre le métier de cuisinier et de conserver l'emploi qu'il occupe au sein des services de la commune de Villeneuve-la-Garenne. En conclusion, elle formule un avis positif à la délivrance d'un titre de séjour.
8. Il résulte des énonciations des points 4 à 7 qu'en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 1er mars 2022 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En premier lieu, les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. En second lieu, par voie de conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de cette notification.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat à verser à Me Scalbert au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la double condition que M. B se voit reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et que Me Scalbert renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Si M. B se voyait refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui serait versée directement.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 1er mars 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de cette notification.
Article 4 : L'Etat versera à Me Scalbert la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la double condition que M. B se voit reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, et que Me Scalbert renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Si M. B se voyait refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui serait versée directement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Scalbert.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient
Mme Van Muylder, présidente,
Mme C et M. D, premiers conseillers,
assistés de Mme Lefebvre, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
G. DLa présidente,
signé
C. Van MuylderLa greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026