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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205002

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205002

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2022 et un mémoire, enregistré le 16 juin 2022, Mme A, représentée par Me Marion Veillat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, prise par le préfet du Val-d'Oise le 4 mars 2022, notifiée le 8 mars suivant ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, prise par le Préfet du Val-d'Oise le 4 mars 2022, notifiée le 8 mars suivant ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir,

4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle,

5°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 1500 euros entre les mains de Me Veillat qui renonce, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle

elle soutient :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de fait quant à la possession d'un visa de long séjour ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur d'appréciation en lui refusant un titre de séjour alors qu'elle réunissait les conditions posées par cet article pour la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 17 juin 2022 par ordonnance du 16 mai 2022.

Un mémoire produit pour le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 24 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal du 23 septembre 2006 modifié ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de présenter des conclusions dans cette affaire.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur,

- et les observations de Me Cabral représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 4 mars 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 4 de la même convention stipule : " pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire sénégalais et les ressortissants sénégalais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ".

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "

5. Mme A, née en juin 1997, est entrée en France en septembre 2016 sous couvert d'un visa de long séjour. Elle a obtenu en juin 2021 une licence de géographie à l'université Paris 8. Elle a été admise en septembre 2021, au terme d'une sélection des candidatures, en première année de master " géomatique " à l'université Cergy Paris et dans ce cadre a été recrutée par la société LUMI THD de février à août 2022 en tant que chargée d'études stagiaire, rémunérée 1 200 euros bruts par mois. Elle produit une lettre du responsable du master attestant de son d'assiduité aux cours et partiels du master, datée du 28 mars 2022. Elle justifie en outre d'une attestation de droits à l'assurance maladie à la date de la décision attaquée. Il résulte des pièces du dossier, et notamment des relevés bancaires de juin 2021 à mai 2022, que Mme A a perçu sur cette période, outre les rémunérations de son stage, des allocations logement, des versements émanant d'œuvres universitaires ou caritatives, et des aides de sa famille et de son compagnon, ressortissant français, lequel lui a versé plus de 2 000 euros au cours de cette période. Le refus de titre de séjour au seul motif du défaut de visa de long séjour est de nature à l'exposer à une interruption du second cycle d'études universitaires qu'elle a entrepris en septembre 2021 et à compromettre son avenir professionnel. Dans ces conditions Mme A est fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

8. Il y a lieu en application de ces dispositions d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " à Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais non compris dans les dépens :

9. Mme A étant provisoirement admis à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Veillat de la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'arrêté du 4 mars 2022 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 3 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " à Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle l'Etat versera à Me Marion Veillat, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, au préfet du Val-d'Oise et à Me Veillat.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Zaccaron-Guérin, première conseillère,

M. Baude, premier conseiller,

Assistés de Mme Le Gueux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22050022

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