Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 mars 2022, le 31 août 2022 et le 15 février 2024, Mme C... B... épouse A..., représentée par Me Bernier, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a rejeté sa demande de prolongation d’activité jusqu’au 31 août 2020 ainsi que l’arrêté du 4 février 2022 par lequel il a prononcé sa mise à la retraite à compter du 1er septembre 2019 ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse d’accorder la prolongation d’activité demandée jusqu’au 31 août 2020 et, subsidiairement, de réexaminer sa demande ;
3°) en tout état de cause, de procéder à une reconstitution de sa carrière et notamment de calculer les droits à la retraite qu’elle aurait obtenus en l’absence d’illégalité et de verser les cotisations nécessaires aux organismes de retraite ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision du 4 février 2022 portant refus de prolongation d’activité :
- la décision est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’autorité de la chose jugée ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.
En ce qui concerne l’arrêté du 4 février 2022 portant admission à la retraite :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de prolongation d’activité qu’elle assortit.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2022, la rectrice de l’académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.
Vu :
le jugement n°1905648 du 17 décembre 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Simon Bourragué,
- les conclusions de M. Saïd Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Me Bernier, pour Mme B....
Considérant ce qui suit :
Mme C... B... épouse A..., née le 13 février 1953, membre du corps des personnels de direction d’établissement d'enseignement ou de formation, était affectée en qualité de principale au collège Jean Renoir de Boulogne-Billancourt depuis le 1er septembre 2016. Atteinte par la limite d’âge le 13 avril 2019, elle a demandé à bénéficier d’une prolongation d’activité jusqu’au 31 août 2020. Par deux décisions du 7 et du 12 mars 2019, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a rejeté sa demande de prolongation d'activité jusqu'au 31 août 2020 et a prononcé sa mise à la retraite à compter du 1er septembre 2019. Par un jugement du 17 décembre 2021 devenu définitif, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces deux décisions et a enjoint au ministre de se prononcer à nouveau sur la situation de Mme B.... Par une décision du 4 février 2022, le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a refusé de lui accorder une prolongation d’activité, et l’a admise à la retraite par un arrêté du même jour. Mme B... demande l’annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 68 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l’Etat : « Les fonctionnaires ne peuvent être maintenus en activité au-delà de la limite d’âge de leur emploi sous réserve des exceptions prévues par les textes en vigueur ». Aux termes de l’article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d’âge dans la fonction publique et le secteur public : « Sous réserve des droits au recul des limites d’âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l’article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu’ils atteignent les limites d’âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l’intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité (…) ».
Il résulte des dispositions précitées que le maintien en activité du fonctionnaire au-delà de la limite d’âge du corps auquel il appartient, sur le fondement de ces dispositions, ne constitue pas un droit mais une simple faculté laissée à l’appréciation de l’autorité administrative, qui détermine sa position en fonction de l’intérêt du service, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, qui exerce sur ce point un contrôle restreint à l’erreur manifeste d’appréciation. Il appartient à l’administration saisie d’une telle demande d’apprécier l’opportunité de l’accueillir au regard des nécessités du service et de la manière de servir du demandeur et de porter une appréciation sur l’aptitude physique de l’agent pour accorder le maintien en activité.
Le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a rejeté la demande de prolongation d’activité de Mme B... au motif que l’intérêt du service y faisait obstacle. Toutefois, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé un premier refus de prolongation d’activité opposé à la requérante, par son jugement n°1905648 du 17 décembre 2021 revêtu de l’autorité de la chose jugée, au motif que le ministre ne justifiait pas que l’intérêt du service ne permettait pas le prolongement de l’activité de Mme B... pour une année supplémentaire. Dès lors que l’autorité de la chose jugée s’attache tant au dispositif qu’aux motifs de ce jugement qui en constituent le soutien nécessaire, et le ministre ne se prévalant d’aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle, Mme B... est fondée à soutenir que le ministre a méconnu, en prenant la décision attaquée, l’autorité de la chose jugée.
Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 février 2022 refusant la prolongation d’activité de Mme B... épouse A... au-delà du 31 août 2019 doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, l’arrêté du 4 février 2022 admettant l’intéressée à la retraite au 1er septembre 2019.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Compte tenu de l’âge de Mme B... épouse A..., la présente décision implique nécessairement de procéder à sa réintégration juridique et à la reconstitution de sa carrière et de ses droits à pension. Il y a ainsi lieu d’enjoindre à la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse d’y procéder dans le délai de deux mois à compter de la présente décision.
Sur les frais du litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B... épouse A....
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision de la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse du 4 février 2022 refusant la prolongation d’activité de Mme B... épouse A... jusqu’au 31 août 2020 et l’arrêté du 4 février 2022 prononçant son admission à la retraite à compter du 1er septembre 2019 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse de procéder à la réintégration juridique de Mme B... épouse A... et à la reconstitution de sa carrière et de ses droits à pension, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Mme B... épouse A... la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... épouse A... et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie-en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l’audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BourraguéLa présidente,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne à la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.