vendredi 9 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2205073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DUNIKOWSKI STÉPHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. C E, représenté par Me Dunikowski, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision, en date du 30 septembre 2021, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de regroupement familial qu'il avait présentée au bénéfice de son épouse, Mme F D, et de ses enfants, prénommés A et B, et la décision implicite de rejet, née du silence gardé par cette même autorité sur son recours gracieux présenté par une lettre en date du 28 octobre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à l'épouse et à ses enfants un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, assorti d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors qu'il dispose de ressources suffisantes en tant que dirigeant de société pour subvenir au besoin de sa famille ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. E a produit des pièces, enregistrées le 25 novembre 2022, qui ont été communiquées.
M. E a produit un mémoire en réplique, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- et les observations de Me Dunikovski et de M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant ukrainien, a déposé, le 23 mars 2020, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une demande tendant à l'introduction en France, dans le cadre du regroupement familial, de son épouse et compatriote, Mme F D, et de ses enfants, prénommés A et B. Par une décision en date du 30 septembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande. M. E a alors présenté, par un courrier en date du 28 octobre 2021, au préfet des Hauts-de-Seine un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Il n'a pas été répondu à ce recours. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de la décision en date du 30 septembre 2021 et de la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir du préfet des Hauts-de-Seine :
2. Le préfet des Hauts-de-Seine soutient que la requête présentée par M. E est tardive, dès lors que ce dernier, ayant présenté un recours gracieux le 2 novembre 2021, aurait dû introduire sa requête avant le 2 mars 2022. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait accusé réception de ce recours gracieux et informé M. E des voies et délais lui permettant d'introduire un recours contentieux. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'est pas fondé à soutenir que la présente requête serait tardive.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Enfin, l'article L. 434-6 du même code dispose : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France. ".
4. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que l'administration ne peut refuser le bénéfice du regroupement familial à un ressortissant étranger du seul fait de sa présence en France, sans avoir préalablement examiné si ce refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit des personnes intéressées de mener une vie privée et familiale normale.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. E, titulaire d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle valable du 26 juillet 2018 au 25 juillet 2022, puis d'une carte de résident valable du 26 juillet 2022 au 25 juillet 2032, a contracté mariage avec une compatriote, Mme D, le 23 août 2008. Il en ressort également que le requérant et son épouse ont deux enfants, prénommés A et B, nés respectivement les 14 avril 2012 et 20 août 2014, qui sont titulaires d'un document de circulation pour étranger mineur, et sont scolarisés à l'école élémentaire publique Gambetta à Châtillon. Enfin, il n'est pas contesté que M. E remplit les conditions de ressources et de logement requises pour pouvoir bénéficier du regroupement familial demandé. Dans ces conditions, et alors même que l'épouse de M. E et ses enfants résident en France depuis la rentrée scolaire 2020, et se trouvent ainsi dans le cas prévu par les dispositions, rappelées au point 2, du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de regroupement familial du requérant a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. E est fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet des Hauts-de-Seine en date du 30 septembre 2021 doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet, née du silence gardé par cette même autorité sur le recours gracieux présenté par M. E par un courrier en date du 28 octobre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'autoriser le regroupement familial demandé par M. E en faveur de son épouse et de ses deux enfants. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à l'édiction de cette décision. L'exécution du présent jugement implique aussi nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, délivre à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre. En revanche, les jeunes A et B étant mineurs à la date du présent jugement, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'ils soient munis d'un titre de séjour. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État qui est, dans la présence instance, la partie perdante, le paiement à M. E de la somme de 1 000 (mille) euros qu'il demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine en date du 30 septembre 2021 et la décision implicite de rejet opposée au recours gracieux en date du 28 octobre 2021 présenté par M. E sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'autoriser le regroupement familial demandé par M. E et de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. E la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
F.-X. PROST
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026