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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205120

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205120

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 avril et 9 novembre 2022, Mme D A, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter de la date de ce refus, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement de cette somme à son profit.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure dès lors, d'une part, qu'il n'est pas démontré qu'elle a bénéficié d'une évaluation de vulnérabilité et qu'à supposer qu'un entretien ait été tenu, que l'agent l'ayant mené avait reçu une formation spécifique à cette fin et, d'autre part, qu'elle n'a pas été informée préalablement des conséquences d'un refus d'orientation préalablement à l'édiction de la décision litigieuse ;

- cette décision a été prise en application de l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui méconnaît les dispositions des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2205128 du 27 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 1985, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 11 février 2022 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val-d'Oise. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a proposé une orientation en région qu'elle a déclinée et lui a en conséquence refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 5 avril 2022, Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, recours qui a été rejeté par une décision du directeur général de l'OFII du 15 septembre 2022. A l'appui de la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En vertu de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme A ait effectué une demande d'aide juridictionnelle. Il n'y a donc pas lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique le 11 février 2022, Mme A a bénéficié, le même jour, d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, lequel a été mené par un agent de l'OFII, avec l'assistance d'un interprète, comme en atteste le formulaire d'offre de prise charge qu'elle a signée et que produit le directeur général de l'OFII en défense. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été édictée à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

6. En deuxième lieu, alors que le directeur général de l'OFII fait valoir que l'ensemble des auditeurs asile de l'établissement reçoivent une formation afférente à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien du 11 février 2022 n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité de Mme A doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire d'offre de prise charge signé le 11 février 2022 par Mme A produit le directeur général de l'OFII en défense, que l'intéressée a été informée des conséquences engendrées par un refus d'orientation préalablement à l'édiction de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait, pour ce motif, été édictée à la suite d'une procédure irrégulière doit être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A ne saurait utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'est pas davantage prise pour l'application de cet arrêté. En tout état de cause, il ressort du questionnaire annexé à cet arrêté qu'il comporte plusieurs questions portant sur les besoins d'hébergement du demandeur d'asile et ses besoins d'adaptation éventuelles au regard de son état de santé, en particulier la possibilité de faire état d'un problème de santé ou de déposer des documents à caractère médical. En outre, il ressort du compte-rendu de l'entretien qui a été accordé à l'intéressé le 11 février 2022, établi sur la base du modèle annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015, que Mme A a été mise en mesure d'apporter de nombreux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale avant l'édiction de la décision en litige. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas bénéficier d'un entretien conforme aux dispositions citées au point 4.

9. En cinquième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne qu'après un examen de la situation personnelle et familiale de Mme A, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé au motif qu'elle a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée par l'OFII. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

10. En sixième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée rappelée au point précédent ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser d'octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A, le directeur territorial de l'OFII à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

11. En dernier lieu, Mme A soutient qu'elle n'a pas refusé la proposition d'hébergement en région de l'OFII au motif qu'elle souhaitait rester avec des compatriotes en Île-de-France mais en raison de son état de santé ne lui permettant pas de se rendre immédiatement au sein de l'hébergement proposé. Elle fait valoir en outre que sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte alors qu'elle souffre du VIH. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'entretien de vulnérabilité réalisé par un agent de l'OFII en langue française lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 11 février 2022, que la requérante, qui a indiqué être hébergée par des compatriotes à Argenteuil, n'a fait état d'aucun facteur de vulnérabilité et n'a pas sollicité l'avis du médecin coordonnateur de zone comme elle en avait la possibilité. Par ailleurs, les documents médicaux qu'elle produit, à savoir un compte rendu de passage au service des urgences le 15 février 2022 et des résultats d'analyse sanguine datés du 16 février 2022, ne permettent pas d'établir qu'elle se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité justifiant un refus d'hébergement, temporaire ou non, en région. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 15 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a refusé l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et M. Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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