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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205179

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205179

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, Mme B, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux du 14 mars 2022, dirigé contre la décision référencée " 48 SI " du 20 mai 2021, notifiée le 29 juin 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions référencées " 48 " prises à la suite d'infractions au code de la route ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui de créditer son titre de conduite de quatre points correspondant au suivi du stage de sensibilisation à la sécurité routière, ainsi que l'ensemble des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision 48 SI ne lui a pas été notifiée ;

- elle a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 11 et 12 mars 2022 ;

- les décisions de retraits de points ont été prises en l'absence d'une procédure d'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- à titre principal, la requête est tardive donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision ministérielle du 5 avril 2022, portant refus d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 20 mai 2021, prise à la suite de son recours gracieux du 14 mars 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : "'La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ()'". Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : "'() Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception°".

3. Lorsque l'administration oppose à un justiciable une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif à l'encontre d'une décision, il lui incombe d'établir que l'intéressé a reçu notification régulière de cette décision. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. L'avis de réception postal produit par le ministre de l'intérieur en défense ne mentionne pas la date à laquelle que le pli a été présenté. Cet avis ne permet dès lors pas d'établir la notification régulière de la décision "'48 SI'" contestée. La fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 3 février 2020 a donné lieu à un procès-verbal électronique, le ministre, qui se borne à indiquer que Mme B a été désignée en qualité de conductrice, n'établit toutefois pas que la contrevenante aurait reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 13 octobre 2020 a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique et que l'amende forfaitaire n'a pas été réglée. Si le ministre fait valoir que l'amende forfaitaire majorée a été adressée en courrier recommandé avec accusé réception qui a été retourné avec la mention pli non réclamé, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision de retrait de points correspondant à cette infraction est entachée d'un vice de procédure et doit pour ce motif être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

8. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de reconnaître à l'intéressée le bénéfice des points irrégulièrement retirés à la suite des infractions constatées le 3 février 2020 et le 13 octobre 2020 et de procéder au réexamen du droit de conduire de l'intéressée. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais du litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions de retraits de points intervenues à la suite des infractions constatées les 3 février 2020 et 13 octobre 2020 et, la décision du 20 mai 2021 référencée " 49SI " sont annulées.

Article 2 : Il enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à Mme B le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de la requérante pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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