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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205184

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205184

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHALPERN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrée le 12 avril 2022, le 2 mai 2022, le 9 mai 2022 et le 30 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Halpern, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de fixer un rendez-vous afin d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour fondée sur le travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle a été prise en vertu d'une décision l'obligeant à quitter le territoire elle-même illégale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bories,

vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :

- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Halpern, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens :

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante albanaise née le 20 mars 1990, entrée en France le 17 octobre 2018, demande l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du

Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe au chef du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°21-038 du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

4. Mme B soutient que le préfet du Val-d'Oise ne pouvait pas prendre la décision attaquée à son encontre dès lors que sa demande de titre de séjour, déposée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 20 avril 2021, était en cours d'examen par les services de la préfecture. La requérante fait valoir que son dossier était complet, et que sa demande était toujours en cours d'instruction à la date de la décision attaquée. Toutefois, elle n'établit pas avoir donné suite à la demande de complément qui lui a été adressée par les services de la préfecture le 17 novembre 2021, notamment au regard de la date de son entrée en France, et que sa demande aurait à tort été classée sans suite par le préfet. Pour ces motifs, et alors même qu'elle n'était pas soumise à une obligation de visa au moment de son entrée sur le territoire, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. Mme B se prévaut de sa présence sur le territoire depuis janvier 2017 et de son insertion professionnelle et familiale, dès lors qu'elle y vit en compagnie de sa fille, âgée de 18 mois, que sa sœur et son frère résident également sur le territoire et qu'elle y exerce un emploi stable depuis le 1er novembre 2018. A l'appui de sa requête Mme B verse notamment des quittances de loyer couvrant la période de janvier 2018 à mars 2022, un contrat de travail à durée indéterminée en tant que commis de cuisine daté du 1er novembre 2018, trois bulletins de salaires ainsi que les pièces d'identité des membres de sa famille qui seraient présents en France. Toutefois, si ces éléments sont de nature à établir la présence en France de Mme B depuis plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, ils ne permettent en revanche pas d'établir la réalité ou l'intensité de ses liens avec la France. En outre, la requérante ne donne aucune indication précise quant au droit au séjour du père de son enfant, ressortissant kosovar dont elle est séparée, et dont il n'est ni allégué ni établi qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. Enfin, Mme B ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, et dès lors en outre que sa cellule familiale peut être reconstituée dans son pays d'origine, la requérante, qui n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, les décisions litigieuses n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant mineur de Mme B de cette dernière, la vie familiale pouvant se poursuivre hors de France et notamment en Albanie, pays dont la requérante possède la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En dernier lieu, la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours étant établie, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination par la voie de l'exception d'illégalité de cette première décision ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Halpern et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

O. El-Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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