Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205286

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. La requérante invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de sa vie privée et familiale en France. Le tribunal a estimé que l'administration avait procédé à un examen suffisant de sa situation et que les éléments fournis (scolarité, présence de sa fille et de son compagnon) ne démontraient pas une insertion stable ou une communauté de vie effective justifiant un droit au séjour. La décision a donc été confirmée comme légale au regard des textes applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions du 7° l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu L. 423-23 ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 15 mai 2023, le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'aide juridictionnelle formée le 14 avril 2022 par la requérante.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C ressortissante congolaise, née le 4 mai 2003 à Kinshasa, est entrée irrégulièrement en France en 2017. Le 30 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 14 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de son renvoi.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C avant de prendre l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Mme C se prévaut de sa durée de présence en France où elle a été placée sous l'autorité parentale de sa tante Mme E C de nationalité française par une décision 24 mai 2018, a poursuivi sa scolarité puis obtenu son certificat d'aptitude professionnelle d'assistante technique en milieu familial et collectif le 5 juillet 2021 et de la présence de sa fille née le 7 novembre 2022, née de son union avec M. A D, ressortissant congolais, bénéficiaire d'une carte de résident valable jusqu'au 16 février 2032, sur laquelle ils exercent conjointement l'autorité parentale. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier en particulier de la fiche de salle remplie le 16 avril 2021, que la requérante a indiqué qu'elle était célibataire, d'autre part elle n'établit pas, par la seule facture d'électricité du 28 février 2022, de la réalité de la communauté de vie alléguée avec le père de l'enfant ni que ce dernier contribue à l'entretien et à l'éducation de leur fille. Elle n'établit pas davantage d'une insertion personnelle ou professionnelle particulière depuis son arrivée en France. Dans ces conditions, alors que la requérante n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine où réside sa mère, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la requérante n'établit pas que le père de l'enfant justifie d'une quelconque participation à l'entretien et l'éducation de sa fille. En outre, la requérante n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer à l'étranger. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2205286