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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205354

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205354

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELAS GERARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Gérard, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel la maire de la commune de La Chapelle-en-Vexin a décidé que les quatre chiens de la requérante ne devront pas revenir sur le territoire de la commune de la Chapelle-en-Vexin et a ordonné l'euthanasie des chiens Alexandre, rottweiler croisé dogue de Bordeaux n° 250268732516837 et Geb de race rotweiller n° 643099000315491 ;

2°) d'enjoindre à la commune de La Chapelle-en-Vexin, à titre principal, de lui restituer les quatre chiens ou, à titre subsidiaire, de les confier à une association de protection animale ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Chapelle-en-Vexin la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter ses observations avant son édiction ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime ;

- est entaché d'un abus et d'un détournement de pouvoir et de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, la commune de La Chapelle-en-Vexin, représentée par Me Agostini, avocat, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de La Chapelle-en-Vexin fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés et demande une substitution de motifs, en faisant valoir que le chien Geb est réputé présenter un danger grave et immédiat dès lors qu'il a circulé sans être muselé et tenu en laisse.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 27 avril 1999 pris pour l'application de l'article 211-1 du code rural et établissant la liste des types de chiens susceptibles d'être dangereux, faisant l'objet des mesures prévues aux articles 211-1 à 211-5 du même code ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire de quatre chiens, Claire, de race dogue de Bordeaux, Alexandre, de race rottweiler croisé dogue, Geb, de race rottweiler, et Gradie, de race berger belge, respectivement nés les 30 septembre 2012, 7 février 2018, 14 février 2019 et 25 février 2021. À la suite d'une agression sur le territoire de la commune, la maire de La Chapelle-en-Vexin a, par un arrêté en date du 3 janvier 2022, ordonné le placement des quatre chiens à la fourrière animale de Bruyères-sur-Oise. Par un arrêté du 18 mars 2022, la maire de La Chapelle-en-Vexin a ordonné l'euthanasie des chiens Geb et Alexandre, et interdit aux chiens de la requérante de revenir sur le territoire de la commune. Mme B demande au Tribunal l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime : " En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie. / Est réputé présenter un danger grave et immédiat tout chien appartenant à une des catégories mentionnées à l'article L. 211-12, qui est détenu par une personne mentionnée à l'article L. 211-13 ou qui se trouve dans un lieu où sa présence est interdite par le I de l'article L. 211-16, ou qui circule sans être muselé et tenu en laisse dans les conditions prévues par le II du même article, ou dont le propriétaire ou le détenteur n'est pas titulaire de l'attestation d'aptitude prévue au I de l'article L. 211-13-1. / L'euthanasie peut intervenir sans délai, après avis d'un vétérinaire désigné par le préfet. Cet avis doit être donné au plus tard quarante-huit heures après le placement de l'animal. A défaut, l'avis est réputé favorable à l'euthanasie. ". Aux termes de l'article L. 211-12 du même code : " Les types de chiens susceptibles d'être dangereux faisant l'objet des mesures spécifiques prévues par les articles L. 211-13, L. 211-13-1, L. 211-14, L. 211-15 et L. 211-16, sans préjudice des dispositions de l'article L. 211-11, sont répartis en deux catégories : () 2° Deuxième catégorie : les chiens de garde et de défense. / Un arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'agriculture établit la liste des types de chiens relevant de chacune de ces catégories. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 avril 1999 visé ci-dessus : " Relèvent de la 2e catégorie des chiens telle que définie à l'article L. 211-12 du code rural : () - les chiens de race Rottweiler () / - les chiens assimilables par leurs caractéristiques morphologiques aux chiens de race Rottweiler, sans être inscrits à un livre généalogique reconnu par le ministre de l'agriculture et de la pêche. ".

3. Aux termes de l'article L. 211-14-1 du code rural et de la pêche maritime : " Une évaluation comportementale peut être demandée par le maire pour tout chien qu'il désigne en application de l'article L. 211-11. Cette évaluation est effectuée par un vétérinaire choisi sur une liste départementale. Elle est communiquée au maire par le vétérinaire () ". Aux termes de l'article D. 211-3-1 du même code : " L'évaluation comportementale prévue à l'article L. 211-14-1 est réalisée dans le cadre d'une consultation vétérinaire. Elle a pour objet d'apprécier le danger potentiel que peut représenter un chien () ". Aux termes de l'article D. 211-3-2 de ce code : " Le vétérinaire en charge de l'évaluation comportementale classe le chien à l'un des quatre niveaux de risque de dangerosité suivants : / Niveau 1 : le chien ne présente pas de risque particulier de dangerosité en dehors de ceux inhérents à l'espèce canine. / Niveau 2 : le chien présente un risque de dangerosité faible pour certaines personnes ou dans certaines situations. / Niveau 3 : le chien présente un risque de dangerosité critique pour certaines personnes ou dans certaines situations. / Niveau 4 : le chien présente un risque de dangerosité élevé pour certaines personnes ou dans certaines situations. / Selon le niveau de classement du chien, le vétérinaire propose des mesures préventives visant à diminuer la dangerosité du chien évalué et émet des recommandations afin de limiter les contacts avec certaines personnes et les situations pouvant générer des risques. / Il peut conseiller de procéder à une nouvelle évaluation comportementale et indiquer le délai qui doit s'écouler entre les deux évaluations () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal dressé par l'officière de police judiciaire de la brigade de Magny-en-Vexin, que les chiens Geb et Alexandre ont, le 2 janvier 2022, violemment attaqué une riveraine et sa fille, alors âgée de huit ans, sur le territoire de la commune de la Chapelle-en-Vexin, en les mordant à plusieurs reprises aux membres supérieurs, inférieurs et au visage et en traînant la mère de l'enfant au sol sur plusieurs mètres. Il ressort également des termes, non contestés, du mémoire en défense qu'au cours des mois ayant précédé cette attaque, plusieurs signalements faisant état de la dangerosité des chiens de Mme B et du sentiment d'insécurité du voisinage ont conduit à une intervention des services de la gendarmerie au domicile de l'intéressée. Pour autant, un vétérinaire a procédé, les 21 janvier et 2 février 2022, à l'évaluation comportementale des chiens, dont la dangerosité a été fixée à un niveau faible de 2. Si les extraits des rapports du vétérinaire cités au dossier indiquent que Geb et Alexandre n'ont pas été sociabilisés correctement envers les humains et leur environnement, aucune mesure d'euthanasie n'a, toutefois, été envisagée. Au contraire, Mme B soutient, sans être sérieusement contestée sur ce point, que les chiens n'ont présenté aucun signe d'agressivité ou de sensibilité particulière envers les humains ou leurs congénères à la suite de leur placement en fourrière le 3 janvier 2022. Plus encore, la requérante a proposé, dans un courrier du 8 mars 2022 adressé au conseil municipal de la commune, de confier ses quatre chiens à une association de protection animale. Dans ces conditions, en considérant que les chiens Geb et Alexandre présentaient un danger tel qu'une mesure d'euthanasie était nécessaire, la maire de La Chapelle-en-Vexin a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.

5. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut être procédé à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Pour justifier de la légalité de l'arrêté attaquée la commune de La Chapelle-en-Vexin fait valoir que le chien Geb est réputé représenter un danger grave et immédiat dès lors qu'il a circulé sans être muselé et tenu en laisse.

7. Toutefois, compte tenu des éléments cités au point 4 du présent jugement, la commune de La Chapelle-en-Vexin n'est pas fondée à demander que ce motif soit substitué à celui de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il ordonne l'euthanasie des chiens Geb et Alexandre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'arrêté en litige, les chiens Claire, Alexandre, Geb et Gradie ont été placés sous main de justice par le Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pontoise dans l'attente d'une décision judiciaire et qu'ils avaient, en tout état de cause, été confiés à une association de protection animale. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'injonction de la requête de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Chapelle-en-Vexin la somme de 1 500 (mille-cinq-cent) euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête de la commune de La Chapelle-en-Vexin présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2022 de la maire de la commune de La Chapelle-en-Vexin est annulé en tant qu'il ordonne l'euthanasie des chiens Alexandre, rottweiler croisé dogue de Bordeaux n° 250268732516837 et Geb, de race rotweiller n° 643099000315491.

Article 2 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la requête de la commune de La Chapelle-en-Vexin présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de La Chapelle-en-Vexin.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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