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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205368

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205368

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, Mme B C veuve A, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 27 janvier 2022, d'une part, il n'est pas établi que le rapport médical aurait été rédigé par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège, et d'autre part, il n'est pas possible d'apprécier la régularité de l'avis au regard des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; le collège des médecins de l'OFII n'a pas tenu compte de l'ensemble des éléments propres à sa situation personnelle ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les observations de Me Bulajic, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante pakistanaise née le 1er janvier 1952, entrée en France le 30 avril 2014 sous couvert d'un visa Schengen, a sollicité, le 3 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au vu d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 27 janvier 2022 et par un arrêté du 18 février 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande. Mme C demande l'annulation de cet arrêté du 18 février 2022.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées sur l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 27 janvier 2022, produit par le préfet du Val-d'Oise, et du bordereau de transmission de cet avis aux services de la préfecture, que le rapport médical relatif à l'état de santé de Mme C a été établi par le docteur D et que le collège de médecins de l'OFII était, en l'espèce, composé des docteurs Levy-Attias, Bourgeois et Sahrane. En outre, il ne ressort ni des mentions portées sur cet avis, ni des autres pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des éléments propres à sa situation personnelle de l'intéressée avant de rendre son avis. Enfin, Mme C, à qui cet avis a été communiqué dans le cadre de la présente instance, n'apporte aucun élément de contestation de la régularité de cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision contestée portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour en litige a, ainsi qu'il a été dit au point 1, été prise au vu d'un avis du 27 janvier 2022 par lequel le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier d'un traitement approprié. Pour contester cette appréciation, que le préfet s'est approprié, la requérante soutient qu'âgée de soixante-dix ans, elle souffre d'un diabète de type II, d'une cardiopathie et d'hypertension artérielle, pathologies nécessitant un traitement médicamenteux, ainsi qu'un suivi et des examens réguliers. Elle soutient également qu'elle a été opérée en janvier 2018 pour une rupture de la coiffe des rotateurs de l'épaule droite et qu'elle doit suivre des séances régulières de kinésithérapie. Elle fait valoir qu'elle ne peut bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé dans son pays d'origine, où la prise en charge des patients diabétiques est insuffisante et où elle est isolée. Toutefois, si les documents médicaux produits par la requérante attestent de la gravité des pathologies dont elle souffre et de la nécessité de soins réguliers, ils ne suffisent pas à démontrer qu'un traitement approprié à ses pathologies serait indisponible au Pakistan. À cet égard, ni les certificats médicaux établis les 16 janvier 2020, 11 mars 2021 et 6 septembre 2021 par des praticiens du centre hospitalier de Gonesse, mentionnant que " son état de santé nécessité un traitement qu'elle ne peut en aucun obtenir dans son pays d'origine " et que la patiente présente " un risque d'exclusion des soins nécessaires en cas de retour au pays d'origine dans lequel le traitement nécessaire aux soins n'est pas disponible ", ni les documents généraux, tels que des articles publiés en 2018 et 2019 ou le rapport de l'Organisation suisse d'aide au réfugié daté du 27 juin 2018, relatifs au système de santé au Pakistan, ne suffisent à établir, en l'absence d'éléments précis, objectifs et actualisés, qu'un suivi et un traitement appropriés à ses pathologies seraient indisponibles dans son pays d'origine. Il en est de même du certificat médical établi le 4 avril 2022 par un médecin pakistanais qui mentionne que " des soins existent au Pakistan ". En outre, si la requérante fait valoir qu'elle serait isolée au Pakistan, la décision de refus de titre de séjour en litige, qui n'est pas assorti d'une mesure d'éloignement, n'a pas pour objet ni pour effet de l'obliger à rejoindre son pays d'origine. En tout état de cause, l'intéressée, qui a vécu au Pakistan jusqu'à l'âge de soixante-deux ans, ne démontre pas qu'elle y serait dépourvue de toute attache familiale et personnelle, alors même qu'elle y a vécu plus de trente années après le décès de son époux. Enfin, la requérante, qui ne fournit pas de précisions sur ses moyens financiers, n'apporte aucun élément de nature à justifier l'existence de circonstances exceptionnelles qui l'empêcheraient d'accéder effectivement à un traitement au Pakistan. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Mme C, qui se prévaut de la durée de son séjour en France, soutient qu'elle vit aux côtés de ses deux fils, qui la prennent totalement en charge, ses deux autres enfants étant de nationalité britannique et vivant en Grande-Bretagne. Elle fait valoir qu'étant isolée au Pakistan, elle ne pourrait y bénéficier de l'aide de ses proches pour la prise en charge de ses pathologies. Toutefois, la durée de présence de l'intéressée en France résulte de son maintien sur le territoire français en dépit des décisions portant refus de titre de séjour du préfet de l'Oise en date du 25 novembre 2015 et de l'obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet du Val-d'Oise le 13 mai 2019. En outre, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine, la requérante ne démontre pas que sa présence auprès des membres de sa famille résidant en France revêtirait pour elle un caractère indispensable. Par ailleurs, l'intéressée, qui ne se prévaut d'aucune insertion sociale particulière sur le territoire français, ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-deux ans. Ainsi, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 18 février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

S. AmazouzLe président,

T. BertonciniLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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