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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205393

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205393

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

J une requête et un mémoire enregistrés les 15 avril 2022 et 17 juin 2022, Mme H, représentée J Me Marienne, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de l'arrêté du 14 mars 2022 J lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de son pouvoir exceptionnel de régularisation ou de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de lui délivrer un titre de séjour provisoire dans l'attente du réexamen de sa situation en application de l'article L. 991-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions contestées ont été prises et signées J deux autorités incompétentes ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée dans la mesure où elle ne précise pas pour quelles raisons les certificats médicaux qui attestent qu'elle ne peut bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé en Tunisie n'ont pas été pris en compte J le préfet et qu'en outre, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a ni été produit, ni porté à sa connaissance ;

- l'avis du collège de médecins de l'OFII n'a pas été communiqué J le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.

J un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles au dossier.

Il fait valoir que les moyens soulevés J Mme H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- et les observations de Me Marienne, représentant Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante tunisienne née en 1981, est entrée en France le 17 juillet 2018 sous couvert d'un visa Schengen valable du 14 juin 2018 au 14 août 2018. Le 15 novembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. J un arrêté du 14 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Mme H demande l'annulation de ces décisions à l'exception de celle fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article 45 du décret n°2004-374 du 29 avril 2004 : " () Dans les autres départements où est institué un préfet délégué pour l'égalité des chances, ce dernier assure de droit la suppléance ou l'intérim. S'il est lui-même absent ou empêché, les dispositions des premier et deuxième alinéas s'appliquent ".

3. D'une part, il ressort des pièces produites J le département du Val-d'Oise, que le préfet pour l'égalité des chances, M. E F, était, en application des dispositions précitées, chargé de l'intérim du préfet du département, à la suite de la cessation, J M. C de Saint-Quentin, de ses fonctions de préfet du Val-d'Oise à compter du 16 février 2022, dans l'attente de l'installation dans ces mêmes fonctions de son successeur. Il ressort également des pièces produites J le préfet que, son successeur M. I A, a été nommé préfet du Val-d'Oise le 9 mars 2022, mais qu'il a pris ses fonctions effectives en cette qualité, à compter du 25 mars 2022. M. F, en sa qualité de préfet J intérim, avait donc compétence pour consentir une délégation de signature, à l'effet de signer les décisions attaquées.

4. D'autre part, les décisions litigieuses ont été signées J Mme B G, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet, J un arrêté n°22-024 du 7 mars 2022 du préfet J intérim, publié le 8 mars 2022 au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. J suite le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses ont été signées J une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent " leur fondement.

6. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, la décision de refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. A cet égard, si la requérante reproche au préfet d'une part, de ne pas avoir précisé les raisons pour lesquelles les certificats médicaux qui attestent qu'elle ne peut bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays d'origine n'ont pas été pris en compte J le préfet et d'autre part, de ne pas avoir porté à sa connaissance l'avis rendu J le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ces critiques, respectivement relatives au bien-fondé de la décision de refus et à la procédure au terme de laquelle cette décision a été prises, sont sans influence sur la régularité formelle de la motivation de cette décision. J suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de séjour manque en fait et doit dès lors être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet soit tenu de joindre à sa décision de refus de titre de séjour l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas obligatoire. La seule circonstance que l'avis n'a pas été communiqué à Mme H J le préfet est dès lors, sans influence sur la légalité de la décision litigieuse.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise J l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies J décret en Conseil d'État. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées J le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que J une décision spécialement motivée. ".

8. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui le sollicite sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis J le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait pour celui-ci un défaut de prise en charge médicale dans le pays d'origine. Lorsque le défaut de prise en charge médicale risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'intéressé, l'autorité administrative ne peut refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays d'origine de l'étranger ayant déposé la demande de titre. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. En outre, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Pour refuser à Mme H le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Val-d'Oise s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'OFII du 18 janvier 2022 en estimant que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'en outre, son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Pour contester cet avis, la requérante expose qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Tunisie et qu'elle n'est, en tout état de cause, pas en état de voyager dès lors que, postérieurement aux décisions litigieuses, elle a subi une lourde opération nécessitant une hospitalisation d'une semaine à l'hôpital Sainte-Marie. Toutefois, les documents produits, rappellent sans autre précision, les pathologies dont Mme H souffrent, et ne se prononcent pas explicitement sur la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement et des soins adaptés à son état de santé dans son pays d'origine. Ils ne permettent dès lors pas de contredire l'avis du collège. Dans ces conditions, Mme H ne peut être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe, qu'elle ne pourra pas effectivement bénéficier des soins et d'un traitement approprié à son état de santé en Tunisie. J suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés J Mme H contre la décision de refus de titre de séjour n'est fondé. Dès lors, Mme H n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée J voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé J Mme H contre l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé. Dès lors, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée J voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais non compris dans les dépens :

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme H doivent être rejetées. La présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution et Mme H ne peut prétendre à la condamnation de l'Etat au paiement de frais non compris dans les dépens.

14. J voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme D H et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public J mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22053932

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