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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205404

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205404

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, M. D B, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 28 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir ou de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de le munir, dans l'intervalle, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rosin au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, ou à lui-même en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée à défaut de citer l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans son intégralité et de faire mention de l'avis de la structure d'accueil requis par ces dispositions ;

- elle révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle faute que l'avis de la structure d'accueil ait été pris en compte, en application du même article ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées au regard du caractère réel et sérieux de sa formation, de l'absence de lien avec sa famille et de l'avis favorable de la structure d'accueil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- ces décisions sont illégales pour être fondées sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elles sont également entachées des mêmes illégalités que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision lui interdisant le retour pendant un an :

- cette décision est insuffisamment motivée faute de précision de la situation justifiant son édiction et elle ne lui permet pas de comprendre les motifs pour lesquels elle a été prononcée à son encontre ;

- elle est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il indique n'avoir aucune observation à formuler.

Vu :

- l'ordonnance n°2205403 du 23 mai 2022 par laquelle le juge des référés du présent tribunal a admis M. B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et suspendu l'exécution de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°79-587 du 11 juillet 1979 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022, qui s'est tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant ivoirien né le 17 décembre 2003, est entré sur le territoire français le 1er janvier 2019 en qualité de mineur isolé, et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre de l'assistance éducative, du 1er avril 2019 au 17 décembre 2021, puis d'un contrat " jeune majeur ", du 17 décembre 2021 au 17 juillet 2022. Le 9 décembre 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 février 2022, le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société français ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé, appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet des Hauts-de-Seine a considéré qu'au regard de ses faibles résultats scolaires et de son manque assiduité, M. B ne justifiait pas du caractère sérieux de sa formation, que l'ancienneté de son séjour n'était pas établie, qu'il ne démontrait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et qu'il ne pouvait ainsi bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire. Le préfet des Hauts-de-Seine a ainsi considéré la demande de M. B comme relevant de l'admission exceptionnelle au séjour. Cependant, comme il a été dit au point 3 du présent jugement, le titre de séjour prévu par les dispositions précitées relève de la catégorie des titres de plein droit, délivrés après vérification des conditions tenant à l'âge du demandeur, à son comportement, à la date à laquelle il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance, et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Dès lors, en appréciant la demande de M. B comme relevant de l'admission exceptionnelle au séjour et en se limitant à examiner le caractère réel et sérieux de sa formation et l'existence de liens familiaux, sans prendre en compte l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de l'intéressé dans la société française, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen insuffisant de la situation de M. B et a entaché la décision de refus de délivrance du titre de séjour sollicité d'erreur de droit. Il suit de là que M. B est fondé à solliciter l'annulation de cette décision.

5. En conséquence, le requérant est également fondé à exciper de l'illégalité de ce refus de séjour pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ainsi que de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire et lui interdisant le retour sur le territoire pendant une durée d'un an.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 28 février 2022 ne peut qu'être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen.

Sur les frais de procédure :

8. Le juge des référés a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par l'ordonnance précitée n°2205403 du 23 mai 2022. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rosin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 080 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 28 février 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Rosin, avocat de M. B, une somme de 1 080 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Rosin et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. A et Mme C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. C

La présidente,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205404

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