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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205420

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205420

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantFENZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril et le 1er juillet 2022, Mme D E, épouse F, représentée Me Fenze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois sous astreinte de 300 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, épouse F, ressortissante haïtienne née le 2 septembre 1976 à Port-au-Prince, entrée en France le 15 septembre 2018 selon ses déclarations, a sollicité, le 1er septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme F, entrée en France le 15 septembre 2018, établit la réalité de sa présence ininterrompue en France depuis cette date, notamment par la production de factures de téléphonie et de restauration scolaire et des attestations d'hébergement. Par ailleurs, l'époux de Mme F réside en France en situation régulière et exerce la profession d'infirmier à titre libéral. Enfin, les trois enfants du ménage, respectivement nés en 2007, 2008 et 2011, sont scolarisés en France, depuis l'année scolaire 2012-2013 en ce qui concerne les deux aînés, et depuis l'année 2018-2019 pour la plus jeune. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France des deux époux et de leurs enfants, le préfet du Val-d'Oise a entaché la décision par laquelle il a refusé de régulariser la situation de la requérante d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme F, née E, est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de l'admettre au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles le préfet l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de Mme F, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme E épouse F, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme E épouse F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme E épouse F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, épouse F et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. B et Mme A, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. B

La greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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