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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205567

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205567

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGORALCZYK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. B, représenté par Me Goralczyk, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 du préfet du Val-d'Oise en tant que celui-ci lui a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise :

- de produire son entier dossier ;

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard,

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte, et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet, en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation sans texte, a entaché les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ces décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ;

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Goralczyk, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né en 2003, expose qu'il est entré en France démuni de visa, le 12 février 2018. Le 21 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 25 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au cours de l'année 2018, à l'âge de 14 ans, et qu'il y réside depuis lors. Le requérant justifie de la présence en France de son frère et de sa sœur, respectivement né en 2008 et 2012, et scolarisés depuis leur entrée en France en février 2018, ainsi que de celle de son arrière-grand-mère paternelle, titulaire d'une carte de résidente algérienne, de ses tantes maternelle et paternelle, toutes deux de nationalité française, de son oncle maternel, titulaire d'une carte de résident algérien ainsi que du mari de sa tante paternelle, de nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a, dès son arrivée en France été inscrit en classe de 4e, au titre de l'année scolaire 2017-2018. Il a ensuite obtenu le diplôme national du brevet en 2019, et a poursuivi sa scolarité en validant ses années de seconde et de première professionnelle mention " métier de la sécurité ", et s'est également inscrit en terminale professionnelle pour l'année scolaire2021-2022. Plusieurs attestations établies par le proviseur de son lycée professionnel ainsi que par son professeur principal, indiquent que M. B est un élève " exemplaire ", " motivé ", " sérieux " et " travailleur ", qu'il est délégué de sa classe et " fait partie des éléments moteur " de sa promotion. Il justifie en outre, par la production d'une " attestation de compétences sportives " rédigée par le professeur certifié d'éducation physique et sportive de son lycée, être licencié actif de l'association sportive de ce lycée et s'être vu confier le rôle de " coach de l'équipe de crosscountry " au vu de ses performances sportives et des différents titres sportifs qui lui ont été décernés dans cette discipline. Dans ces circonstances, notamment au regard de ce parcours réussi d'intégration, M. B doit être regardé comme ayant le centre de ses attaches personnelles et familiales en France en dépit de la circonstance alléguée par le préfet, que ses parents se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français. M. B est fondé, par suite, à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifient que l'autorité administrative oppose une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer ce titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 25 mars 2022 est annulé en tant qu'il porte rejet de la demande titre de séjour de M. B et obligation de quitter le territoire français.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thierry, président ;

- M. Louvel, premier conseiller ;

- Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

assistés de Mme Le Gueux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin

Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22055672

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