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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205570

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205570

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRAND & FAUTRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 avril et le 24 novembre 2022 ainsi que le 17 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Brand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision datée du 16 janvier 2022 et notifiée le 16 février 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la société Nestlé France à transférer son contrat de travail à la société Nestlé excellence supports France ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société Nestlé France la somme de 3 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur matérielle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen tiré de l'absence de contrôle de la part de l'administration quant aux conditions d'application de l'article L. 1224-1 du code du travail ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 1224-1 du code du travail.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 juin 2022, le 21 décembre 2022 et le 1er février 2023, la société Nestlé France, représentée par Me d'Aleman, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision est entachée d'une erreur matérielle ;

- que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- les observations de Me Brand représentant Mme A, présente,

- et les observations de Me de Courson, substituant Me d'Aleman et représentant la société Nestlé France.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, exerçant notamment les mandats de membre élu au comité social et économique du siège social et de déléguée syndicale, occupe un poste de spécialiste métier au sein de la société Nestlé France, entreprise spécialisée dans l'alimentation humaine et animale. Dans le cadre d'une réorganisation du groupe une nouvelle entité, la société Nestlé Excellence Supports (NES), a été créée en 2018 afin de regrouper l'ensemble des fonctions support du groupe en France telles que le digital, la communication et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), le service juridique ou encore les ressources humaines. Par une demande du 14 juin 2021, réceptionnée le 17 juin 2021, la société Nestlé France a saisi l'inspection du travail d'une demande afin de transférer le contrat de travail de la requérante, salariée protégée, vers la société NES. Par une décision datée du 16 janvier 2022, l'inspectrice du travail a autorisé ce transfert. Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, Mme A se prévaut d'une erreur relative à la date de la décision attaquée. Il est constant que la décision attaquée date du 16 février 2022 et non du 16 janvier 2022. Toutefois, cette simple erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante ne saurait utilement déduire d'une information qu'elle estime insuffisante à son égard une absence de contrôle de la part de l'inspection du travail. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que l'inspectrice du travail aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1224-1 du code du travail : " Lorsque survient une modification dans la situation juridique de l'employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds, mise en société de l'entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l'entreprise ". Ces dispositions trouvent à s'appliquer notamment lorsqu'à l'occasion de la perte d'un marché public, s'opère un transfert par un employeur à un autre employeur d'une entité économique autonome, c'est-à-dire un ensemble organisé de personnes et d'éléments corporels et incorporels permettant l'exercice d'une activité économique qui poursuit un objectif propre, et dont l'activité est reprise et poursuivie par le nouvel employeur. Le transfert d'une telle entité ne s'opère que si des moyens corporels ou incorporels significatifs et nécessaires à l'exploitation de l'entité sont repris, directement ou indirectement, par un autre exploitant. Il incombe à l'autorité administrative de s'assurer que le transfert envisagé est dépourvu de lien avec le mandat ou l'appartenance syndicale du salarié transféré et que, ce faisant, celui-ci ne fait pas l'objet d'une mesure discriminatoire.

5. Pour autoriser le transfert du contrat de travail de la requérante vers la société NES, l'inspectrice du travail s'est fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 1224-1 du code du travail et sur le transfert des activités support de la société Nestlé France, au sein duquel travaille la requérante, vers la société NES.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre d'une restructuration lancée en 2021, la société Nestlé France a transféré ses activités correspondant aux fonctions support, dont les activités liées au secteur digital, à la société NES, afin de permettre leur mutualisation au sein du groupe. Il est constant que Mme A, en tant que spécialiste métier, était exclusivement affectée au secteur digital, repris dans son intégralité et sans modification de son fonctionnement par la société NES. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que ce service, en tant que service support, constitue un ensemble organisé poursuivant un objectif propre à savoir notamment le support et la sécurité informatique ou encore l'analyse des données. La requérante soutient qu'en l'absence de transfert des moyens corporels ou incorporels nécessaires à l'exploitation de l'entité économique, le transfert d'une entité économique autonome ne peut être caractérisé. Toutefois, et à supposer que des moyens corporels ou incorporels autre que la main d'œuvre soient nécessaires à la poursuite de l'activité digital transférée, il ressort des pièces du dossier que l'ensemble des moyens d'exploitation nécessaires, notamment la clientèle de la société Nestlé France, ont fait l'objet d'un tel transfert. En outre, la circonstance qu'aucun acte juridique n'a matérialisé ce transfert d'activité est sans incidence sur son existence. Ainsi, l'inspectrice du travail n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 1224-1 du code du travail, dispositions sur lesquelles la société Nestlé France pouvait légitimement se fonder pour demander ce transfert, étaient réunies, et que le transfert du contrat de travail de Mme A pouvait être réalisé sur ce fondement. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la société Nestlé France au titre de ces dispositions.

Par ces motifs le tribunal décide:

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Nestlé France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société Nestlé France et au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche

La présidente,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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