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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205601

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205601

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSASITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2022 et 23 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la délivrance titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. C a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Weiswald, rapporteur ;

- les observations de Me Kleinfinger, substituant Me Traoré, représentant M. C ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré présenté par M. C a été enregistrée le 20 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant libanais né le 3 juin 1992, est entré en France en 2016 pour y poursuivre des études muni d'un visa valant titre de séjour, valable jusqu'au 20 août 2017. Par une décision du 23 mars 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ".

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de séjour en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise, mentionne que M. C ne justifie pas des conditions de délivrance d'un titre de séjour mention " entrepreneur / profession libérale " en l'absence de production d'un visa long séjour. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. En l'absence d'engagement international de la France et de dispositions législatives contraires, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il en va en revanche différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Néanmoins, lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son entrée en France en 2016 sous couvert d'un visa valant titre de séjour, M. C a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'entrepreneur qui a été classée sans suite par une décision du 30 novembre 2020 du préfet des Hauts-de-Seine, qu'il n'a pas contestée, en raison de l'incomplétude de son dossier. Dans ces conditions, sa demande de titre de séjour déposée en février 2021 doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande, le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. C soutient qu'il est en cours de création de sa propre entreprise et qu'il bénéficie par ailleurs d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, si l'intéressé justifie, par la production de son contrat de travail et de ses bulletins de salaire, d'un emploi de testeur au sein de la société Dotscreen, ces éléments ne sont pas de nature à établir une insertion professionnelle suffisamment stable et ancienne sur le territoire français. En outre, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à démontrer une quelconque insertion sociale au sein de la société française, autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Enfin, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, n'établit aucune attache familiale ou même amicale en France et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a toujours vécu avant son arrivée en France à l'âge de vingt-quatre ans. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision en litige portant refus de titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 23 mars 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et M. Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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