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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205728

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205728

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire, et un mémoire en réplique, enregistrés les 22 avril, 17 mai, et 6 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a suspendu à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la date de suspension, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, ou à lui-même en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'examen de sa vulnérabilité dans une langue qu'il comprend et faute d'avoir été mis à mesure de présenter ses observations avant son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 juin et 20 juillet 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'admission à l'aide juridictionnelle de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2205732 du 11 mai 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 28 août 1996, a présenté une demande d'asile le 26 juin 2019, qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Yvelines. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en a bénéficié à compter de cette date. Par un courrier du 2 mars 2022, dont M. A a accusé réception de 11 mars 2022, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge l'a informé de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. Par une décision du 25 mars 2022, dont M. A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles elle a été prise, mentionne notamment que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle énonce également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il était mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 522-1, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / (). ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'entretien personnel au cours duquel l'OFII évalue la vulnérabilité du demandeur d'asile est effectué au moment du dépôt de la demande et que, le cas échéant, si des besoins particuliers se manifestent à une étape ultérieure de la procédure, ils sont pris en compte. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation sur l'honneur et de la fiche d'évaluation de vulnérabilité signées par le requérant le 26 juin 2019 transmises par le directeur général de l'OFII à l'appui de ses écritures, que le requérant a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète et qu'ainsi un entretien s'est tenu lorsque sa demande d'asile a été enregistrée en guichet unique en vue de l'évaluation de sa vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 522-1 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé. En tout état de cause, l'administration n'était pas tenue de conduire un nouvel entretien de vulnérabilité avant d'édicter la mesure de cessation litigieuse.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Selon l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".

7. Il ressort des pièces versées à l'instance par le directeur général de l'OFII, que M. A a présenté des observations après avoir reçu un courrier portant intention de suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de cette garantie, en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté comme manquant en fait.

8. En quatrième lieu, pour décider de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se présenter à quatre convocations des 25 et 28 février et 1er et 17 mars 2022. Il ressort des observations produites par M. A que ce dernier avait bien connaissance d'au moins deux de ces convocations. Dans ces conditions, c'est à bon droit que M. A a été regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il se trouve dans un état de particulière vulnérabilité du fait de son manque de ressources et de son état de santé fragile, ces éléments ne sont pas assortis d'éléments permettant d'en établir la véracité, la production d'ordonnances de médicaments non circonstanciées ne pouvant être regardées comme démontrant un tel état. Dans ces conditions, il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 25 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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