Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205880
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2205880 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PERE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, M. D C, représenté par Me Pere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de rétablir à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter du 1er décembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle ne précise pas le type de manquement qui lui est reproché ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une évaluation de sa vulnérabilité par un agent ayant reçu une formation spécifique ;
- elle a été édictée en violation de son droit à la dignité protégé par la déclaration universelle des droits de l'homme et garanti par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 17 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2205845 du 17 mai 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant afghan, a présenté une première demande d'asile le 19 mai 2020 et a alors bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 décembre 2020, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le 30 novembre 2021,
M. C a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du 1er décembre 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 1er mars 2022, elle a procédé au retrait de cette décision. Par une nouvelle décision du 2 mars 2022, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a refusé à M. C le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge, en vertu d'une délégation qui lui avait été consentie à cette fin par décision du 1er mai 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, mise en ligne le même jour sur le site internet de cet établissement public. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision est donc manifestement infondé.
4. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions des articles 20 de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et précise que les motifs qu'il évoque ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté comme manifestement infondé. Par voie de conséquence est également manifestement infondé le moyen, qui, en réalité, se rattache à celui pris d'une insuffisante motivation, tiré de ce que l'administration aurait commis une prétendue " erreur de fait " en ne mentionnant pas le manquement reproché au requérant, étant relevé que ce dernier ne conteste pas n'avoir pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, circonstance qui a précédemment conduit à la cessation des conditions matérielles d'accueil.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié, le 19 mai 2020, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien personnel de vulnérabilité. En outre, il a bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité, le 1er décembre 2021, lequel a été effectué par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'occurrence le pachto, durant lequel il a pu exposer sa situation personnelle, et notamment que son frère vit en France. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que ces deux entretiens n'auraient pas été menés par une personne ayant reçu une qualification à cette fin. Dans ces conditions, et alors, en tout état de cause, que l'administration n'était pas tenue de provoquer un nouvel entretien avant l'édiction de la mesure litigieuse, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 522-2 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés comme manifestement infondés.
7. En dernier lieu, si M. C fait valoir que la décision attaquée a été édictée en violation de son droit à la dignité humaine, ce moyen n'est manifestement assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors qu'il a notamment fait l'objet de deux entretiens personnels de vulnérabilités.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, par application des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au directeur général de l'OFII.
Fait à Cergy-Pontoise, le 25 octobre 2024.
Le président de la 2ème chambre,
signé
C. Huon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.