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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206255

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206255

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMANELPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2203091 du 21 avril 2022, le tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la requête de la SARL LAV'NET PICARD.

Par cette requête, enregistrée initialement le 23 avril 2022, la société LAV'NET PICARD, représentée par Me Manelphe de Wailly, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 7 300 euros et la contribution forfaitaire prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 553 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'ayant procédé aux vérifications nécessaires du titre de séjour remis par la personne employée, elle est de bonne foi ;

- elle ne pouvait constater le caractère frauduleux du titre de séjour remis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 mars 2021, les services de Police du Val-d'Oise ont effectué un contrôle au sein de la société LAV'NET PICARD située à Cergy-Pontoise (95). Ils ont constaté la présence d'un ressortissant étranger en situation de travail dépourvu de titre l'autorisant à travailler et séjourner en France. Par une décision du 7 septembre 2021, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société, la contribution spéciale pour un montant de 7 300 euros, et la contribution forfaitaire pour un montant de 2 553 euros. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de la décision du 7 septembre 2021 et doit être regardée comme demandant la décharge de ces sommes.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces articles, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un État pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

5. La société fait valoir qu'elle est de bonne foi, dès lors que, d'une part, elle a effectué toutes les vérifications nécessaires auprès des instances compétentes, et que d'autre part, elle ne pouvait s'apercevoir que le titre de séjour remis par le salarié était frauduleux. Toutefois, M. B, le salarié en cause, a déclaré lors de son audition le 24 mars 2021 par les services de police, qu'il n'est pas détenteur d'un titre de séjour régulièrement délivré en France ou dans l'espace communautaire, et que le gérant lui " a posé la question si j'avais des papiers en règle pour travailler, mais je lui ai dit clairement que je n'avais aucun document pour être en France () Michel m'a demandé si je ne connaissais pas quelqu'un qui avait des papiers et qui me ressemblait " () Monsieur A m'a prêté ses documents car il savait que j'avais besoin de travailler ". Il ressort également du procès-verbal d'audition de l'associé de la société, M. C, établi le 24 mars 2021 par les services de police, que celui-ci, lors de l'embauche de M. B, a pris la photocopie de sa supposée pièce d'identité ainsi que la carte vitale. Ainsi, en se contentant de la photocopie d'une pièce d'identité, à la supposer existante, qui n'était pas celle de M. B, sans la confronter à l'original, et d'une carte vitale dont il ressort des pièces du dossier qu'il apparaît clairement qu'il ne s'agissait pas de celle de M. B, la SARL LAV'NET PICARD ne démontre pas avoir pris les précautions qui lui auraient permis de vérifier si les documents revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. Par conséquent et contrairement à ce que fait valoir la société, la matérialité des faits est établie et c'est à bon droit que l'OFII a mis à sa charge les sanctions contestées, et ce, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de sa bonne foi. Par suite, les moyens tirés de ce que la SARL LAV'NET PICARD a effectué toutes les vérifications nécessaires pour employer son salarié auprès des instances compétentes, et que d'autre part, elle ne pouvait s'apercevoir que le titre de séjour remis par son salarié était frauduleux, doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de la SARL LAV'NET PICARD y inclus celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société LAV'NET PICARD est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société LAV'NET PICARD, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2206255

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