jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 avril 2022, M. C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) à lui verser la somme de 2 688,40 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il lui a fait subir en retenant une somme de 1 310 euros sur son salaire du mois de février 2022 pour répéter l'indu de l'indemnité de fonctions particulières prévue par le décret n° 91-236 du 28 février 1991 dont il a bénéficié du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'INSHEA la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son employeur a commis des fautes en lui versant une indemnité à laquelle il n'avait pas droit pendant plus de vingt ans et en répétant brutalement son indu sans lui avoir adressé de titre de recettes préalable et sans avoir prévu un échelonnement de sa dette, alors pourtant qu'il a deux enfants handicapés et que la somme saisie, qui excède la quotité saisissable, représente plus des deux tiers de sa rémunération mensuelle ;
- en raison de ces fautes, il a subi un préjudice financier de 1 688,40 euros et des troubles dans ses conditions d'existence évalués à 1 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'a commis aucune faute en répétant l'indu en litige, procédant d'une simple erreur de liquidation et non d'une négligence, dans le délai de deux ans imparti par l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- en matière de paye sans ordonnancement préalable, l'émission d'un titre de recettes n'est pas un préalable obligatoire, comme l'a précisé la circulaire du 11 avril 2013 relative au délai de la prescription extinctive concernant les créances résultant de paiements indus effectués par les services de l'Etat en matière de rémunération de leurs agents ;
- la somme de 1 310 euros prélevée sur le bulletin de salaire du mois de février 2022 de M. C n'excède pas la quotité insaisissable ;
- aucune brutalité ne saurait lui être reprochée dans un litige portant sur les modalités de recouvrement du comptable public dans un litige de paye sans ordonnancement préalable, pour lequel il n'est pas compétent ;
- contrairement à ce qu'il allègue, M. C n'a pas subi de préjudice financier, et encore moins de troubles dans ses conditions d'existence ; en tout état de cause, il n'y a pas de lien de causalité entre les fautes alléguées et les préjudices prétendument subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui s'estime non compétent pour défendre à l'instance, s'en remet aux écritures de l'INSHEA.
Par une ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 91-236 du 28 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure ;
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public;
- les observations de M. C ;
- et les observations de Mme A pour l'INSHEA.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, professeur des écoles, travaille depuis 2000 au pôle " Ressources " de l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) établi à Suresnes (Hauts-de-Seine). En 2021, le trésorier général des Yvelines s'est rendu compte qu'il avait bénéficié à tort de l'indemnité de fonctions particulières de 70,35 euros par mois prévue par le décret n° 91-236 du 28 février 1991. A compter du 1er janvier 2022, il a donc été décidé que M. C ne percevrait plus cette indemnité, faute de remplir les conditions de diplôme exigées par le décret. Pour cette même raison, sa hiérarchie a décidé de répéter l'indu des indemnités versées à tort à M. C sur la période du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2021, en retenant sur son salaire du mois de février 2022 la somme de 1 310 euros. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'INSHEA à lui verser la somme de 2 688,40 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il lui a subséquemment fait subir.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret n° 91-236 du 28 février 1991 portant attribution d'une indemnité de fonctions particulières à certains professeurs des écoles : " Une indemnité de fonctions particulières non soumise à retenue pour pensions civiles de retraite et sécurité sociale est allouée aux professeurs des écoles titulaires d'un diplôme professionnel spécialisé exerçant leurs fonctions sur tout poste ou emploi requérant une telle qualification. ". Selon l'article 2 du même décret : " Cette indemnité est versée dans les conditions prévues à l'article 1er ci-dessus aux professeurs des écoles titulaires d'un des diplômes suivants : / Certificat d'aptitude à l'éducation des enfants et adolescents déficients et inadaptés (C.A.E.I.) ; / Certificat d'aptitude à l'enseignement dans les écoles annexes et les classes d'application (C.A.E.A.A.) ; / Diplôme de psychologue scolaire ; / Diplôme d'Etat de psychologie scolaire ; / Certificat d'aptitude aux actions pédagogiques spécialisées d'adaptation et d'intégration scolaires (C.A.P.S.A.I.S.) ; / Certificat d'aptitude à l'enseignement dans les classes pratiques (C.A.E.P.) ; / Certificat d'aptitude à l'enseignement dans les classes de transition (C.A.E.T.) ; / Certificat d'aptitude à l'enseignement des travaux manuels (C.A.E.T.M.) ; / Diplôme de directeur d'établissement spécialisé (D.D.E.S.) ; / Diplôme de directeur d'établissement d'éducation adaptée et spécialisée (D.D.E.A.S.) ; / Certificat d'aptitude à l'enseignement agricole (C.A.E.A.) ; / Certificat d'aptitude aux fonctions d'instituteur maître formateur (C.A.F.I.M.F.). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dans sa version issue de la loi n° 2011-1978 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ".
4. M. C ne conteste pas qu'il n'est pas titulaire de l'un des diplômes exigés par les dispositions précitées de l'article 2 du décret n° 91-236 du 28 février 1991. C'est donc à bon droit qu'il ne bénéficie plus de l'indemnité de fonctions particulières versée sous conditions à certains professeurs des écoles, ce qu'il admet d'ailleurs dans ses écritures. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que son employeur a commis une faute en répétant l'indu des indemnités de même nature dont il a bénéficié à tort sur la période du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2021, dans la limite de la prescription biennale de l'article 37-1 du la loi du 12 avril 2000 dans sa version issue de la loi n° 2011-1978 portant loi de finances rectificative pour 2011, applicable y compris aux créances ayant pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. Si, néanmoins, l'administration s'est montrée négligente en lui versant une rémunération indue pendant plus de vingt ans, M. C ne justifie pas que cette faute présenterait un lien direct et certain avec le préjudice invoqué, non objectivé au regard des troubles dans les conditions d'existence dont il se prévaut. Enfin, dans un litige de paye sans ordonnancement préalable, M. C n'est pas fondé à soutenir que son employeur a commis une faute en n'émettant pas de titre de perception pour recouvrer la somme en litige.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 3252-2 du code du travail, rendu applicable aux fonctionnaires civils et militaires par la loi du 24 août 1930 : " () Les sommes dues à titre de rémunération ne sont saisissables ou cessibles que dans des proportions et selon des seuils de rémunération affectés d'un correctif pour toute personne à charge, déterminés par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon l'article R. 3252-2 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " La proportion dans laquelle les sommes dues à titre de rémunération sont saisissables ou cessibles, en application de l'article L. 3252-2, est fixée comme suit : / 1° Le vingtième, sur la tranche inférieure ou égale à 3 940 € ; / 2° Le dixième, sur la tranche supérieure à 3 940 € et inférieure ou égale à 7 690 € ; / 3° Le cinquième, sur la tranche supérieure à 7 690 € et inférieure ou égale à 11 460 € ; / 4° Le quart, sur la tranche supérieure à 11 460 € et inférieure ou égale à 15 200 € ; / 5° Le tiers, sur la tranche supérieure à 15 200 € et inférieure ou égale à 18 950 € ; / 6° Les deux tiers, sur la tranche supérieure à 18 950 € et inférieure ou égale à 22 770 € ; / 7° La totalité, sur la tranche supérieure à 22 770 €. "
6. Si M. C soutient que son employeur a commis une faute en prélevant sur son bulletin de salaire du mois de février 2022 la somme de 1 310 euros, qui excède selon lui la quotité saisissable en vertu des dispositions précitées, il ne l'établit pas, faute de justifier de sa tranche de rémunération et de la composition de son foyer. Pour les mêmes motifs, M. C, qui n'apporte aucun élément sur la nature et le montant de son patrimoine, ne justifie pas qu'en raison de son état de précarité, son employeur a commis une faute en ne prévoyant pas de plan d'échelonnement de sa dette.
7. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'INSHEA, qui n'a pas commis de faute, n'est pas engagée dans le présent litige. Par suite, M. C ne saurait prétendre à la réparation des préjudices dont il se prévaut, qui ne sont au demeurant nullement justifiés dès lors qu'il a définitivement perçu pendant près de vingt ans une indemnité mensuelle de 70,35 euros à laquelle il n'avait pas droit. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'INSHEA et l'Etat n'étant pas les parties perdantes à l'instance.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et à l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. ORIOL
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. CORDARYLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026