mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206492 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 mai, 20 mai et
3 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Morel sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale.
Par une décision du 7 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 1er janvier 1972, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour demandé sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté litigieux a été signé par M. D, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2021-005 du 4 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 5 février 2021, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. B, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. En particulier, il indique que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il conserve des attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans et où résident ses parents, ainsi que le fait que le formulaire de demande d'autorisation de travail fourni dans le cadre de l'examen de sa demande était incomplet. A cet égard, contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'arrêté précise les motifs ayant conduit le préfet à considérer qu'il ne pouvait se prévaloir d'aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel à l'appui d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre discrétionnaire. Par suite, la décision litigieuse mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut dès lors qu'être écarté.
5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté attaqué, procédé à un examen particulier de la situation de M. B. La circonstance que l'instruction de son dossier a duré plus de deux ans, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".
7. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
8. Les stipulations du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 313-14 du CESEDA.
9. En premier lieu, M. B soutient être présent en France depuis janvier 2012, y résider depuis lors et y être inséré notamment sur le plan professionnel. Si le préfet des Hauts-de-Seine a considéré qu'il n'établissait pas l'ancienneté de son séjour, l'intéressé prouve sa présence continue en France depuis le mois de février 2013. Toutefois, le simple fait de se prévaloir d'une présence de huit années sur le territoire national ne constitue pas en soi une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé indique avoir travaillé depuis 2017 dans des secteurs souffrant d'une pénurie de main-d'œuvre. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé une activité professionnelle, notamment de plongeur, dans le cadre de contrats précaires, portant sur des volumes horaires variables et pour une douzaine de sociétés différentes sur la période concernée. Par ailleurs, il est constant qu'à la date à laquelle il a formulé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, il n'était pas titulaire d'un contrat de travail. De même, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, il travaillait depuis un mois seulement pour la société Action propreté et service et qu'il a cessé de travailler pour celle-ci dès le mois de mars 2021. En outre, il ressort des avis de situation déclarative à l'impôt produits au titre de ses revenus des années 2018 à 2021, qu'il a déclaré des revenus largement inférieurs au SMIC sur cette même période. Dans ces conditions, le requérant, qui est célibataire, sans charge de famille, et qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de quarante ans, n'est pas fondé à soutenir que son admission au séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché son appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle et professionnelle de M. B d'une erreur manifeste. Les moyens doivent être écartés.
10. En second lieu, le dispositif de régularisation institué à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, ne peut être regardé comme dispensant d'obtenir l'autorisation de travail, exigée par le 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail, avant que ne soit exercée une activité professionnelle par un ressortissant étranger. Toutefois, la procédure permettant d'obtenir une carte de séjour pour motif exceptionnel prévue à cet article est distincte de celle de l'article L. 5221-2 du code du travail de sorte qu'il n'est pas nécessaire que l'autorisation de travail soit délivrée préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire. Le requérant est par suite fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet des Hauts-de-Seine a notamment fondé sa décision sur l'incomplétude du formulaire CERFA de demande d'autorisation de travail présenté par le requérant. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier des éléments exposés au point 9, que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur un tel motif, eu égard aux éléments de la situation professionnelle de M. B qui ne présentait ni stabilité, ni pérennité. De même, M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse par laquelle le préfet lui a refusé la délivrance du titre portant la mention " salarié " au motif de l'incomplétude du formulaire de demande d'autorisation de travail a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Toutefois, cette irrégularité ne l'a privé d'aucune garantie dès lors que le préfet, qui était saisi d'une demande sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait pris la même décision, pour les motifs susmentionnés, s'il ne s'était pas fondé sur un tel motif. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
11. Pour les motifs exposés au point 9, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
12. M. B soutient que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 8, que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B devait être étudiée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions accessoires :
13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Morel et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et M. Goupillier, conseiller,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
V. C
La présidente,
signé
E. CoblenceLa greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220649
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026