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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206539

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206539

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantACHACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mai et 6 juillet 2022, M. E A, représenté par Me Achache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait la circulaire du 22 novembre 2012, dite circulaire " Valls " ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnait la jurisprudence Diaby ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Garona, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais, né le 20 juin 1984, est entré en France le 31 juillet 2009, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 30 juillet 2009 au 30 juillet 2010. Le requérant a ensuite fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 21 juin 2013, qu'il n'a pas exécutée. M. A a ensuite bénéficié d'un titre de séjour pour raisons de santé, valable du 14 octobre 2016 au 13 octobre 2017. Par arrêté du 8 novembre 2018, il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas davantage exécutée. Le 16 janvier 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 juillet 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2021-039 du 14 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, M. D C, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, a reçu délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer tous arrêtés en toutes matières se rapportant à l'administration ainsi qu'à la coordination des services déconcentrés de l'État, mis en œuvre dans les arrondissements d'Antony et Boulogne-Billancourt, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la situation administrative et personnelle de M. A et indique que l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et enfin, qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire, ni d'aucun motif exceptionnel permettant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière énonce des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation. Ces énonciations ne constituent donc pas des lignes directrices dont le requérant peut utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. M. A soutient qu'il est entré en France pour la dernière fois le 31 juillet 2009 et s'y est maintenu depuis cette date, qu'il est bien intégré dès lors qu'il travaille et dispose d'attaches familiales sur le territoire français. Toutefois, si M. A justifie d'une activité professionnelle pour de courtes périodes chaque année, depuis 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il occupe des emplois saisonniers, de remplacement ou effectue des missions ponctuelles d'intérim et ne justifie pas ainsi d'une situation professionnelle stable. En outre, si M. A se prévaut de la présence en France de sa mère et de son oncle, le préfet fait valoir en défense que cette dernière est en situation irrégulière et l'intéressé ne démontre pas l'intensité de sa relation avec son oncle, titulaire d'un titre de séjour qui expirait au mois de septembre 2018. Enfin, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, indépendamment de l'énumération des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement prévue par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

10. Si M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, il ne précise pas en vertu de quelles dispositions. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le requérant ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision litigieuse cite l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de l'entrée de l'intéressé en France en 2009, de l'absence d'attache familiale forte sur le territoire français et de l'existence de deux précédentes mesures d'éloignement. Elle comporte ainsi les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle a entendu se fonder. Ainsi, la décision est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, la décision ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En dernier lieu, M. A soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté comme inopérant.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2021 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Probert, premier conseiller,

Mme Garona, conseillère,

Assistés par Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. BuissonLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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