jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LAZARE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, la SCCV Sannois Terrasse Hoche, représentée par Me Gosseye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Sannois a retiré le permis de construire tacite n° PC09558221O0045 dont elle bénéficiait depuis le 14 décembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sannois une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le maire de la commune de Sannois ne pouvait fonder le retrait du permis de construire sur la méconnaissance de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il s'est fondé, à tort, sur la méconnaissance de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- il s'est fondé, à tort, sur la méconnaissance de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le motif du retrait tiré du refus du maire d'autoriser le surplomb du domaine public est insuffisamment motivé et infondé ;
- le maire de la commune de Sannois s'est fondé, à tort, sur la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, la commune de Sannois, représentée par Me Ghaye, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCCV Sannois Terrasse Hoche une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SCCV Sannois Terrasse Hoche ne sont pas fondés.
Par une intervention, enregistrée le 7 juin 2023, M. A B, représenté par Me Laplante, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête n°2206659.
Il se réfère aux moyens exposés dans la requête de la SCCV Sannois Terrasse Hoche.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Me Hauville, substituant Me Ghaye, représentant la commune de Sannois.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 septembre 2021, la SCCV Sannois Terrasse Hoche a déposé une demande de permis de construire valant permis de démolir pour la construction d'un immeuble d'habitation comprenant cinquante-neuf logements sur un terrain sis à l'angle de l'avenue André le Goas et de la rue Hoche à Sannois. Le 14 décembre 2021, elle a obtenu un permis de construire tacite. Par un courrier du 1er février 2022, le maire de la commune de Sannois a informé la société requérante qu'il envisageait de retirer le permis de construire tacite qu'elle avait obtenu. Par un arrêté en date du 4 mars 2022, le maire de la commune de Sannois a procédé au retrait du permis de construire. Par la présente requête, la SCCV Sannois Terrasse Hoche demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'intervention de M. B :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. B est propriétaire d'une maison d'habitation située au 3 avenue André Le Goas à Sannois, sur une parcelle référencée numéro 345 sur laquelle s'implante le projet de construction objet de l'arrêté de retrait en litige et qui a fait l'objet d'une promesse de vente entre M. B et la société requérante le 15 avril 2021. Ainsi son intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. "
En ce qui concerne la légalité externe :
4. Si la SCCV Sannois Terrasse Hoche soutient que l'arrêté du 4 mars 2022 est insuffisamment motivé, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il indique que le permis de construire tacite méconnait les dispositions des articles UA10, UA11 et UA12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, qu'il ne prévoit ni local ni aire de présentation des encombrants, que le local de tri est sous-dimensionné et que le maire de la commune lui refuse le surplomb du domaine public communal prévu par le projet de construction. L'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. En premier lieu, aux termes du paragraphe 3 de l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sannois : " Une transition nuancée en terme de hauteur devra être assurée entre les nouvelles constructions situées en UA et le tissu pavillonnaire environnant situé en zones UG ou UH. ".
6. La société requérante soutient que si le projet se situe en zone UA et à proximité de la zone UH, cette partie de la zone UH ne peut être qualifiée de " tissu pavillonnaire " à protéger et, en tout état de cause, que le projet permet une transition nuancée avec le tissu pavillonnaire de la zone UH.
7. Il ressort des pièces du dossier d'une part, que le projet s'implante en zone UA en bordure, le long de la rue Hoche, d'un secteur classé en zone UH et présentant un tissu pavillonnaire. D'autre part, le projet qui s'implante à l'alignement de la rue Hoche atteint une hauteur de R+4+combles sur la majorité du linéaire de façade et ne présente une variation à R+3 que pour s'adosser à l'immeuble mitoyen. En outre, le projet de ligne d'horizon bâtie intitulée " skyline " produit par la société requérante illustre la disproportion entre le projet d'immeuble en R+4+C, dont la façade atteindra 17,55 mètres au faîtage, et les constructions de la zone pavillonnaire de la zone UH jouxtant le projet d'une hauteur de R+2 et R+2+C. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le maire de Sannois s'est fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UA10 précitées, en l'absence de transition nuancée de la hauteur entre le projet de construction et le tissu pavillonnaire de la zone UH située en vis-à-vis le long de la rue Hoche.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sannois : " Les constructions doivent présenter une simplicité de volume et une unité d'aspect et de matériaux permettant une bonne intégration dans le paysage. Des adaptations aux règles suivantes peuvent être tolérées pour permettre une harmonisation avec les constructions édifiées sur les parcelles attenantes. / Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions par leurs situations, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales (article R 111.27 du Code de l'Urbanisme). / Il est admis d'utiliser des techniques ou des matériaux innovants dans la mise en œuvre d'une démarche relevant de la qualité environnementale, de la performance énergétique ou de l'utilisation des énergies renouvelables. "
9. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le maire de la commune de Sannois a retenu que " le projet prévoit la coupe de tilleuls situés en bordure de voie et qui participent à l'image verdoyante de la rue André Le Goas " en méconnaissance de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la portion de l'avenue André Le Goas sur laquelle s'implante le projet est bordée de plusieurs immeubles collectifs à l'alignement, que l'espace public est dépourvu de toutes plantations et que le site sur lequel la construction est projetée ne présente pas une image verdoyante. Il s'ensuit que le motif tiré de la méconnaissance de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 11 doit être accueilli.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sannois : " () 2 - Places de stationnement pour les vélos / - pour l'habitat à partir d'opérations de plus de deux logements : 1,5 m² par logement minimum et un local de 5 m² minimum. / L'espace nécessaire au stationnement des vélos doit être clos et couvert. Cet espace peut être intégré au bâtiment ou constituer une entité indépendante. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction, qui nécessite une surface de stationnement pour les vélos de 88,5 m2 au minimum, comprend cinq locaux de stationnement pour les vélos d'une surface totale de 108,95 m2, en conformité avec les dispositions précitées. Par suite, en retenant que la forme des locaux, de type couloir, rend impropres ces locaux à l'usage de stationnement des vélos, le maire de la commune a inexactement interprété les dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société requérante disposait de l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. Par suite le maire a pu légalement se fonder sur le motif tiré du refus d'autoriser le projet de construction à surplomber le domaine public.
14. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sannois, relatif aux déchets urbains : " Les constructions, à l'exception des maisons individuelles, doivent comporter des locaux ou dispositifs (abris couverts, bornes enterrées, ) pour le stockage des déchets, y compris les encombrants (se référer à l'annexe 1 du présent document et au règlement du syndicat Emeraude) ".
15. Le maire de Sannois a fondé le retrait du permis de construire tacite obtenu par la société requérante sur la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune précité aux motifs de l'absence de local ou d'aire de présentation des encombrants et du sous-dimensionnement du local de tri. Toutefois, d'une part aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme n'impose l'aménagement d'un local destiné aux seuls encombrants qui, comme le fait valoir la société requérante, seront stockés dans le local dédié aux ordures ménagères. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la note de présentation décrivant le terrain et présentant le projet, dite PC4, que s'il est constant que le dimensionnement du local de tri n'a pas pris en compte la fréquence de la collecte des ordures ménagères nécessitant un stockage équivalent à trois jours de production d'ordures ménagères, cette seule circonstance, qui pouvait faire l'objet de simples prescriptions, ne pouvait légalement fonder le retrait de permis de construire. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire ne pouvait retenir ce motif pour lui retirer son permis de construire tacite.
16. Il résulte de ce qui précède que le maire de la commune de Sannois ne pouvait retirer le permis de construire tacite dont bénéficiait la SCCV Sannois Terrasse Hoche sur le fondement des articles UA4, UA11 et UA12 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 13 du présent jugement, le maire de la commune a pu légalement fonder la décision de retrait en litige sur la méconnaissance de l'article UA10 du même règlement et au motif du refus d'autoriser le surplomb du domaine public. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur ces deux motifs.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la SCCV Sannois Terrasse Hoche doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sannois, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SCCV Sannois Terrasse Hoche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCCV Sannois Terrasse Hoche la somme demandée par la commune de Sannois au même titre.
D E C I D E:
Article 1er : L'intervention de M. B est admise.
Article 2 : La requête de la SCCV Sannois Terrasse Hoche est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Sannois présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Sannois Terrasse Hoche, à M. A B et à la commune de Sannois.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026