jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONCONDUIT ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2022 et le 28 juin 2022, M. A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ou, à tout le moins, d'annuler cette seconde décision ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de renouvellement de certificat de résidence et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation, le préfet n'ayant pas statué sur sa demande en qualité de salarié et ayant seulement examiné sa vie privée et familiale sous l'angle de sa relation avec son épouse française ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en tant qu'elle est fondée sur une décision portant refus de certificat de résidence elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 23 février 1996, est entré en France le 9 mars 2019 sous couvert d'un visa Schengen. Après avoir épousé une ressortissante française le 21 novembre 2020, il a été muni d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de Française, valable du 22 mars 2021 au 21 mars 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande du 17 mars 2022 tendant au renouvellement de ce certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 9 mars 2019. Son séjour sur le territoire français était donc récent à la date de l'arrêté attaqué, pris le 7 avril 2022. S'il est par ailleurs constant que M. A a épousé une ressortissante française le 21 novembre 2020, il ressort de ses propres écritures que celle-ci a quitté le domicile conjugal à l'été 2021, sans lui donner de nouvelles depuis. M. A était donc sans charge de famille en France à la date de la décision attaquée. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident ses parents et son frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Enfin, si M. A soutient qu'il a commencé à travailler en qualité de chauffeur-déménageur pour le compte de la société AAO Transports établie à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) en septembre 2021, une telle expérience ne peut être regardée comme révélant une intégration professionnelle aboutie dès lors qu'elle n'excédait pas sept mois à la date de la décision attaquée, fût-ce en raison d'une fracture antérieure de la main de M. A. Dans ces conditions, faute pour le préfet du Val-d'Oise d'avoir porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en France, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de certificat de résidence et obligation de quitter le territoire français ont été prises en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances alléguées selon lesquelles M. A a une sœur résidant en France, maîtrise la langue française et n'a jamais troublé l'ordre public sont à cet égard sans incidence.
Sur la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence :
4. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle est fondée et comporte la mention des considérations de fait qui ont conduit à son édiction. Le préfet du Val-d'Oise a notamment indiqué que M. A ne remplissait plus les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien faute de justifier de sa vie commune avec son épouse, qu'il ne pouvait davantage bénéficier des stipulations du 5) de l'article 6 de cet accord, dès lors que, sans charge de famille en France, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident ses parents et son frère. Le préfet a également indiqué qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de certificat de résidence doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de salle versée à l'instance par le préfet du Val-d'Oise à la suite d'une mesure d'instruction du tribunal, que M. A a seulement sollicité un renouvellement de son certificat de résidence obtenu en qualité de conjoint de Française. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu d'examiner sa situation au regard de sa situation professionnelle. Si M. A soutient par ailleurs que le préfet du Val-d'Oise s'est borné à examiner sa situation personnelle sous l'angle de sa relation avec son épouse française, un tel moyen manque en fait dès lors que le préfet a relevé, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident ses parents et son frère. Dès lors, nonobstant l'absence de référence dans l'arrêté en litige de la sœur de M. A, dont il soutient qu'elle réside en France, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation doit être écarté en toutes ses branches.
7. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement d'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
8. En l'espèce, si M. A a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence en qualité de conjoint de Française, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait également sollicité un changement de statut en qualité de salarié, sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dès lors qu'il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise aurait examiné les mérites de la demande de M. A à l'aune de ces stipulations, les moyens tirés de leur méconnaissance et de ce que la décision attaquée serait à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.
9. En quatrième lieu, si l'autorité préfectorale peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation, elle n'y est en rien tenue.
10. En l'espèce, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise aurait exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier si M. A pouvait bénéficier d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut en tout état de cause qu'être écarté. En toute hypothèse, M. A ne saurait à cet égard se prévaloir d'une simple recommandation du Conseil d'Etat qui n'a pas été intégrée dans le droit positif.
11. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant refus de certificat de résidence est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence de M. A n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente,
Mmes C et Gay-Heuzey, conseillères,
Assistées de Mme Ricaud, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. ORIOL
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L. C
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026