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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206783

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206783

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSKANDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. A, représenté par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer un titre de séjour provisoire, dans les mêmes conditions de délais, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été invité, préalablement à son édiction, à formuler des observations ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- c'est à tort que le préfet n'a pas examiné la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, en lui délivrant un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de séjour.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit de mémoire.

Par lettre du 2 novembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1983, est entré en France le 2 septembre 2016 sous couvert d'un visa Schengen pour l'Espagne valable du 18 août 2016 au 1er octobre 2016. Le 13 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui avait reçu du préfet de ce département, par arrêté du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, une délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de séjour contestée, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, mentionne les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Sa motivation est suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions du titre Ier du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de l'arrêté litigieux. En tout état de cause, M. A n'établit pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services de la préfecture ni avoir été empêché de présenter spontanément des observations. Il ne pouvait par ailleurs ignorer que sa demande de titre de séjour pouvait faire l'objet d'un refus et qu'elle serait dès lors susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation de M. A, préalablement à l'édiction de ces décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, le requérant justifie résider en France depuis le mois de septembre 2016, et être le père de deux enfants nés en 2017 et 2020 sur le territoire français. Il fait valoir que la mère de ses enfants, avec qui il s'est marié en 2015 au B, vit avec eux et que cette dernière a obtenu, le 3 octobre 2022, une carte de séjour temporaire de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et que les deux frères et les deux sœurs de cette dernière sont de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, cette dernière, de nationalité marocaine, n'avait pas encore déposé de demande de titre de séjour et résidait ainsi, en situation irrégulière sur le territoire français. En outre, le requérant qui n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résidaient toujours, à la date de la décision attaquée, ses parents, et où il a lui-même vécu jusqu'à ses 33 ans, ne se prévaut d'aucune circonstance s'opposant, à la date de la décision attaquée, à ce que lui et son épouse, emmènent leurs deux enfants au B, pays dont ils ont la nationalité, afin d'y poursuivre leur vie familiale. Par ailleurs, le requérant qui se borne à produire la copie des cartes nationales d'identité des frères et sœurs de son épouse, n'établit pas de ce seul fait, avoir tissé des liens particuliers en France. Enfin, à la date de la décision attaquée, l'expérience professionnelle dont se prévaut le requérant en qualité de déménageur, entre le mois de juillet 2019 et le mois de décembre 2019, qui est de courte durée, et ne lui permet pas de justifier d'une intégration particulière. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que les deux enfants de M. A étaient âgés de cinq et deux ans à la date de la décision attaquée. Ainsi, compte tenu de leur jeune âge, rien ne s'oppose à ce que leur scolarité débute ou se poursuive en dehors du territoire français. De plus, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en dehors du territoire français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

11. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a été saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ce soit au titre de la vie privée et familiale de M. A, qu'au regard de son expérience professionnelle (" volet salarié "). Il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir rejeté la demande de titre de séjour formée par M. A sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a également examiné d'office la possibilité de régulariser sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, au titre de la vie privée et familiale. Il n'a cependant pas examiné d'office, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le droit au séjour de l'intéressé en qualité de " salarié " sur le fondement de cet article. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement soutenir qu'en s'abstenant d'user de son pouvoir de régularisation à titre discrétionnaire, par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit.

12. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé aux points 2 à 11, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le droit au séjour, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 2 à 12 qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision de refus de séjour n'est fondé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 du préfet du Val-d'Oise doivent être rejetées. Il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

C. Zaccaron Guérin Le président,

P. Thierry

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22067832

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