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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206902

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206902

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, Mme G, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas a été saisie pour avis ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2022 à 12 heures.

Un mémoire en défense a été produit par le préfet du Val-d'Oise le 4 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Bulajic, pour Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 6 juin 1978, est entrée en France le 10 janvier 2022 munie d'un visa Schengen valable jusqu'au 3 juillet 2022. Le 28 mars 2022, elle a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".

3. Il ne ressort ni des mentions contenues dans l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise se serait fondé sur l'absence de documents ou de justificatifs nécessaires à l'instruction de la demande de Mme G pour refuser de l'admettre au séjour en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour le préfet de l'avoir invitée à produire les pièces manquantes en lui fixant un délai, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

5. Pour refuser à Mme G la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent de sa fille française, Lisa Mary A C née le 11 janvier 2013 à Brazzaville et reconnue par son père de nationalité française, M. B C, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance qu'il n'était pas établi que ce dernier contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Pour s'en défendre, Mme G fait valoir que M. C, avec qui elle soutient avoir vécu maritalement dans son pays d'origine pendant de nombreuses années, lui a régulièrement envoyé de l'argent depuis la France et a entrepris des démarches en 2021 en République du Congo pour que la jeune D A vienne vivre en France et y être scolarisée. Toutefois, pour justifier de la contribution de M. C à l'entretien de sa fille, Mme G verse à l'instance des transactions Yvalanda des 15 juin et 10 septembre 2015, ainsi qu'une liste de dix mandats Moneygram établis à son profit, deux de 2016, un de 2017, trois de 2018, un de 2019, deux de 2020 et un de 2021, qui, outre qu'ils sont pour l'essentiel trop anciens pour apprécier, à la date de l'arrêté en litige, l'effectivité de la contribution de M. C à l'entretien de Lisa Mary A, n'excèdent généralement pas 200 euros. Si, dans la liste des mandats Moneygram, figurent également les noms d'Evariste Fila Bassiba et Dachel Biniakounou, présentés comme les neveux congolais de M. C, il n'est pas établi par les pièces du dossier, au cas particulier des attestations sur l'honneur des intéressés postérieures à la date de l'arrêté attaqué, qu'ils auraient servi d'intermédiaires financiers entre M. C et Mme G pour que celle-ci bénéficie en partie des mandats les concernant. L'attestation de M. C lui-même et de proches de Mme G, également postérieures à la date de l'arrêté attaqué, tout comme les deux copies de chèques, l'attestation d'ouverture de compte, les factures de cantines et le virement du 15 septembre 2022 produits en dernier lieu, ne sauraient davantage justifier de la contribution de M. C à l'entretien de sa fille à la date de l'arrêté attaqué. En outre, si Mme G justifie que M. C est à l'origine des démarches administratives qui ont permis à la jeune D A d'arriver en France à l'été 2021, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui a confié l'enfant à sa tante maternelle à Vauréal (Val-d'Oise), tandis que lui réside à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), contribuerait depuis à son éducation, les bulletins de notes de l'enfant et les documents établis par l'école Les Sablons étant à cet égard insuffisants. Enfin, en dépit des allégations de Mme G, il n'est pas établi que M. C aurait noué des liens effectifs et réguliers avec sa fille. Dans ces conditions, faute pour Mme G de remettre en cause l'appréciation du préfet du Val-d'Oise, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.

8. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 5 ci-dessus, Mme G ne remplit pas les conditions prévues par les articles L. 423-7 et L. 423-8 pour pouvoir bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait dû soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme G doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mmes E et Gay-Heuzey, conseillères,

Assistées de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. E

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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