jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2207113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BONNIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de la société Poly Services Bâtiment, enregistrée au greffe de ce tribunal le 21 mars 2022.
Par cette requête, la société Poly Services Bâtiment, représentée par Me Bonnin, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros, ensemble la décision du 2 février 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;
2°) d'annuler le titre de perception, d'un montant de 18 250 euros, émis le 19 novembre 2021 en exécution de la décision de mise en œuvre de la contribution spéciale, ensemble la décision implicite née du silence de l'OFII sur l'opposition formée par la société à l'encontre de ce titre de perception ;
3°) de la décharger du paiement des sommes dues ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la légalité des décisions du 4 novembre 2021 et du 2 février 2022 :
- elles méconnaissent le principe du contradictoire ;
- la matérialité des faits n'est pas établie.
S'agissant de la légalité du titre de perception du 19 novembre 2021 :
- il a été pris par une autorité incompétente.
La requête a été communiquée au directeur général de l'OFII et au ministre de l'intérieur, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire du 11 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut à la mise hors de cause du comptable public. Il fait valoir que le litige concerne le ministre de l'intérieur en qualité d'ordonnateur.
Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourragué,
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 avril 2021, les services de police ont constaté par procès-verbal qu'un ressortissant tunisien travaillait au sein d'un salon de coiffure situé 91 rue Paul Vaillant Couturier à Argenteuil, géré par la société Institut perles et bien être, sans être en possession d'un titre de séjour l'autorisant à travailler ou à séjourner en France. Le 4 novembre 2021, le directeur général de l'OFII a informé la société Poly Services Bâtiment qu'il avait été décidé de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8353-1 du code du travail à hauteur de 18 250 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à hauteur de 2 124 euros. La société requérante a effectué un recours gracieux auprès du directeur de l'OFII le 17 décembre 2021, recours rejeté par une décision du 2 février 2022. Par ailleurs, le 19 novembre 2021, un titre de perception a été émis en vue de recouvrer les sommes en cause. La société requérante a formé opposition à ce titre le 17 décembre 2021, et du silence de l'OFII est née une décision de rejet de ce recours. La société Poly Services Bâtiment doit être regardée comme demandant l'annulation des quatre décisions précitées et la décharge de payer les sommes ainsi mises à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Par ailleurs, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
4. La sanction en litige est fondée sur l'existence d'une situation d'emploi d'un ressortissant tunisien, dépourvu de titres l'autorisant à exercer une activité salariée en France et l'autorisant à séjourner sur le territoire français. La matérialité des faits résulte des constatations mentionnées dans les procès-verbaux établis le 14 avril et le 25 juin 2021 par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire.
5. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que le salarié en cause a reconnu lors de son audition avoir été embauché par le gérant de l'institut de beauté dans lequel les travaux irréguliers avaient lieu et, d'autre part, que le gérant de cet institut de beauté a été condamné par jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Pontoise du 5 octobre 2021 pour des faits d'emploi d'étranger non muni d'une autorisation de travail et exécution d'un travail dissimulé, à raison de l'emploi de ce ressortissant tunisien, le 14 avril 2021. Dès lors, la société Poly Services Bâtiment est fondée à soutenir que ce ressortissant n'entretenait avec elle aucun lien de subordination pour l'exécution des travaux ayant fait l'objet des constations de fraudes par les services de police.
6. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à soutenir que les décisions de l'OFII du 4 novembre 2021 et du 2 février 2022 sont entachées d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 4 novembre 2021 et du 2 février 2022 doivent être annulées, de même que le titre de perception émis le 19 novembre 2021 et la décision implicite de rejet du recours formé contre ce titre de perception. Il y a lieu, par voie de conséquence, de décharger la société Poly Services Bâtiment du paiement de la somme de 20 374 euros que cette sanction mettait à sa charge.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des frais engagés par la société Poly Services Bâtiment et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les décisions du 4 novembre 2021 et du 2 février 2022 de l'OFII, le titre de perception n°091000 009 001 075 250509 2021 0008277 émis le 19 novembre 2021, et la décision implicite de rejet du recours dirigé contre ce titre sont annulés.
Article 2 : La société Poly Services Bâtiment est déchargée du paiement de la somme de 20 374 euros.
Article 3 : L'OFII versera à la société Poly Services Bâtiment la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Poly Services Bâtiment, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
S. BourraguéLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026