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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207186

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207186

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 18 mai 2022, 31 août 2022 et 1er septembre 2022, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant le travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'autorité de la chose jugée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen dès lors que le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a produit des pièces complémentaires enregistrées le 10 mars 2023 qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Debourg, conseillère ;

- Et les observations de Me Lepage, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissante tunisien né le 5 août 1984, est entré sur le territoire français le 19 avril 2015, sous couvert d'un visa de type C. Par jugements rendus les le 30 novembre 2018 et le 20 octobre 2020, ce tribunal a annulé les arrêtés du préfet du Val-d'Oise pris à son encontre en date du 22 février 2018 et 15 mai 2020 refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé et l'obligeant à quitter le territoire français. L'intéressé s'est ainsi vu délivrer le titre de séjour sollicité renouvelé en dernier lieu jusqu'au 19 octobre 2021. Par l'arrêté du 8 avril 2022 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. /(). ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet du Val-d'Oise a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il pouvait voyager sans risque, s'appropriant ainsi la teneur de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 31 mai 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été victime en 2005 d'un accident de la voie publique à la suite duquel il est devenu paraplégique et a développé des troubles vésico-sphinctériens qui ne sont pas stabilisés. Il ressort des certificats médicaux rédigés par le Dr C, chef de clinique, que M. A est traité par un traitement anticholinergique double composé de Vésicare 10 mg et du Ceris 20 mg visant à " diminuer tous les risques de complications d'une vessie hyperactive (augmentation du risque infectieux, risque de retentissement sur le faut appareil urinaire, insuffisance rénale) ", auquel s'ajoute des injections de toxine botulique intradetrusorienne, réalisées tous les six mois selon le certificat du 24 mai 2022 établi par le Dr D. Les troubles vésico-sphinctériens et la fistule anale dont il souffre ont également nécessité de nombreuses interventions comportant la pose de ballonnets ajustables périurétraux, qui ont dû être retirés suite à des infections et conduisent les médecins à envisager prochainement la pose d'un sphincter artificiel. Or, d'une part, il ressort de la liste des médicaments disponibles en Tunisie du 26 août 2022 et de l'attestation d'une pharmacie tunisienne du 24 mai 2022 que le Céris n'est pas commercialisé en Tunisie. D'autre part, il ressort du certificat médical du 6 mai 2022 d'un chirurgien urologue tunisien que la mise en place d'un sphincter artificiel et le traitement par toxine botulique ne sont pas disponibles en Tunisie. Contrairement à ce que fait valoir le préfet du Val-d'Oise en défense, il n'est pas établi que le traitement double à base de Céris et Vésicare pourrait être remplacé par du Ditropan, dès lors qu'il ressort du rapport qu'il produit que si le Céris " serait équivalent à ces molécules ", les spécialités Céris et Vesicare " semblent être associées à une meilleure tolérance que Ditropan ". Le préfet ne conteste pas utilement l'indisponibilité de la toxine botulique et l'impossibilité de procéder à la pose d'un sphincter artificiel en Tunisie. Enfin, il ressort des certificats produits qu'eu égard à la complexité de sa pathologie, l'intéressé doit pouvoir bénéficier d'une surveillance et d'un suivi pluridisciplinaire assurés par la même équipe médicale. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour dont était titulaire M. A et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Val d'Oise a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements dans la situation de droit ou de fait du requérant, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 8 avril 2022 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A, sous réserve de changements dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2207186

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