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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207256

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207256

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. C B, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet du Val-d'Oise, par jugement avant dire droit, de compléter les informations en sa possession concernant le système de santé algérien au regard de ses pathologies ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il n'a pas été pris dans le respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des stipulations de l'article 6.7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles 9 et 16 du Code civil ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces constitutives du dossier du requérant le 9 janvier 2024.

Par une ordonnance du 11 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

11 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Drevon-Coblence, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 10 février 1951, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade dont il disposait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 8 février 2022, indiquant que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risque.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des très nombreux certificats médicaux établis au cours des années 2017 à 2022 par les médecins participant à la prise en charge de M. B, que celui-ci souffre, d'une part, d'une cirrhose avec hypertension portale et encéphalopathie hépatique chronique, nécessitant, à la date de la décision en litige, un traitement médicamenteux, un suivi médical, ainsi qu'une transplantation hépatique, et, d'autre part, d'un rétrécissement aortique serré, une pathologie cardiaque grave et évolutive, entrainant une gêne fonctionnelle à type de dyspnée, de fatigabilité et d'asthénie importante, nécessitant également un traitement médicamenteux, un suivi médical strict ainsi que le port d'une prothèse cardiaque, opération réalisée en l'espèce en France au mois de février 2019, dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux datés du 9 juin 2020 et des 4 et 12 février 2022, des docteurs Seddik et Bouattoura, respectivement chef de service de chirurgie du centre hospitalier universitaire (CHU) Saadna Mohamed Abdenour, et cardiologue, à Sétif en Algérie, que, d'une part, la transplantation hépatique et la prise en charge de la pathologie cardiaque du requérant ne sont pas réalisables en Algérie, et que, d'autre part, il n'existe pas de structures adaptées pouvant prendre en charge une urgence liée à d'éventuelles complications. Le préfet du Val-d'Oise, en se bornant à produire des pièces sans présenter d'observations en défense, ne conteste pas ces éléments. Par suite, M. B établit que la prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité n'est pas disponible en Algérie. Il est ainsi fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations précitées du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et sans qu'il soit besoin d'ordonner le complément d'informations demandé, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 23 mars 2022 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de délivrer ce titre au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En l'absence de dépens, la demande présentée à ce titre par M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise rejetant la demande d'admission au séjour de M. B en date du 23 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

E. Drevon-Coblence

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. FléjouLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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