jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2207280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SARTORIO LONQUEUE SAGALOVITSCH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. D, représenté par Me Azogui, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé à son encontre la sanction de révocation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le réintégrer dans ses fonctions à compter de sa date d'éviction ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'acte attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du conseil de discipline n'est pas suffisamment motivé, que la proposition de révocation n'a pas été soumise au vote dans des conditions régulières, que le rapport de saisine du conseil de discipline était incomplet et que les principes du délai raisonnable et de l'égalité des armes ont été méconnus ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il a été pris en méconnaissance du principe de loyauté de la preuve.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, brigadier-chef de police, était affecté à la circonscription de sécurité publique de Gonesse (Val-d'Oise) en qualité de chef du groupe économique et financier, en charge notamment du comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF). Le 28 mai 2019, à la suite d'investigations menées par le service central des courses et jeux (SCCJ) de la direction centrale de la police judiciaire (DCPAJ), une enquête de l'inspection générale de la police nationale (IGPN) est engagée à la demande du parquet de Pontoise pour une suspicion d'infraction de corruption active et passive. Le 14 janvier 2020, la directrice de l'IGPN a donné pour mission à son service de diligenter une enquête administrative et, par arrêté du 23 janvier 2020, le directeur des ressources et des compétences de la police nationale a prononcé la suspension de M. D. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le ministre de l'intérieur lui a infligé la sanction de révocation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° () les directeurs d'administration centrale, () ". Selon l'article 6 du décret n° 2013-728 du 12 août 2013 portant organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et du ministère des outre-mer : " Le directeur général de la police nationale dirige les activités des directions et services suivants : 1° La direction des ressources et compétences de la police nationale () ". Cette dernière est notamment chargée, conformément à l'article 2 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale, de " prépare(r), valide(r) et fai(re) exécuter les décisions ministérielles portant sanction disciplinaire concernant les personnels des corps actifs, techniques et scientifiques de la police nationale () ". En application de ces dispositions, M. C B, qui a été nommé directeur général de la police nationale à compter du 3 février 2020, par décret du 29 janvier 2020 publié au Journal officiel de la République française le 30 janvier 2020, avait qualité pour signer l'arrêté attaqué au nom du ministre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". En vertu de l'article 8 du décret n°8 4-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer celui-ci des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition. / Dans l'hypothèse où aucune des propositions soumises au conseil de discipline, y compris celle consistant à ne pas prononcer de sanction, n'obtient l'accord de la majorité des membres présents, le conseil est considéré comme ayant été consulté et ne s'étant prononcé en faveur d'aucune de ces propositions. Son président informe alors de cette situation l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Si cette autorité prononce une sanction, elle doit informer le conseil des motifs qui l'ont conduite à prononcer celle-ci. ". Selon l'article 10 du même décret, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Lorsque l'autorité ayant pouvoir disciplinaire a prononcé une sanction de mise à la retraite d'office ou de révocation alors que celle-ci n'a pas été proposée par le conseil de discipline à la majorité des deux tiers de ses membres présents, l'intéressé peut saisir de la décision, dans le délai d'un mois à compter de la notification, la commission de recours du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat. () / L'administration lors de la notification au fonctionnaire poursuivi de la sanction dont il a fait l'objet doit communiquer à l'intéressé les informations de nature à lui permettre de déterminer si les conditions de saisine de la commission de recours du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat se trouvent réunies. ".
4. D'une part, contrairement à ce qu'affirme le requérant, l'avis du conseil de discipline, qui rappelle précisément les règles applicables et les griefs qui sont reprochés à M. D, est suffisamment motivé en droit et en fait. D'autre part, il ressort du procès-verbal du conseil de discipline que la proposition de révocation de l'intéressé a été soumise au vote et qu'elle a recueilli onze voix pour et une voix contre. Par ailleurs, M. D ne saurait se prévaloir de l'incomplétude du rapport de saisine du conseil de discipline dès lors qu'il comprend des faits précis de nature à caractériser les différents manquements qui lui sont reprochés, les dates auxquelles les faits se sont produits et les témoignages concordants de personnes ayant eu à connaître ces agissements. De surcroît, l'enquête administrative, à laquelle les membres du conseil de discipline ont eu accès, relate de manière détaillée et circonstanciée tous ces griefs, ainsi que les justifications du requérant, qui a d'ailleurs pu s'exprimer devant le conseil de discipline. En tout état de cause, M. D ne peut reprocher à l'administration de ne pas lui avoir communiqué le rapport dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, qu'il a fait part de son intention de ne pas prendre connaissance de son dossier. Enfin, si le requérant soutient que les principes d'égalité des armes et de délai raisonnable auraient été méconnus, il est constant que l'avis émis par le conseil de discipline n'ayant pas le caractère d'une sanction, le moyen tiré de ce qu'il aurait été rendu en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué. En tout état de cause, la procédure disciplinaire a été engagée deux mois après que l'administration a eu connaissance des faits reprochés à M. D. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en ses différentes branches.
5. En dernier lieu, M. D conteste la matérialité des faits et les manquements qui lui sont reprochés dans le cadre de la procédure disciplinaire. Or, il ressort des pièces du dossier que de multiples auditions, témoignages, rapports concordants issus d'interceptions téléphoniques, aveux ou encore informations obtenues à la suite de perquisitions ont été exploités afin d'établir de manière précise et étayée la matérialité des faits. Contrairement à ce qu'allègue le requérant, les éléments du dossier ne proviennent pas seulement de deux personnes animées par un désir de vengeance, mais de cinq commerçants d'origine turque, dont un est défini comme un ami par le requérant, ainsi que de ses collègues de travail. C'est ainsi que des faits de pratique corruptive ont été décelés à partir de nombreuses auditions de commerçants attestant que M. D acceptait de l'argent et des avantages en nature en échange de sa bienveillance à l'égard de l'exploitation clandestine des machines à sous, des fermetures tardives des établissements ou par ses interventions visant à limiter les verbalisations. Outre ces éléments, les auditions de plusieurs de ses collègues mettaient en évidence le caractère dissimulateur du requérant et des pratiques non conformes dans le traitement des procédures judiciaires, telle que la conservation dans son bureau, sans raisons opérationnelles, de nombreuses contraventions infligées aux débits de boisson pour atteindre le délai de prescription des poursuites. De plus, M. D s'est abstenu d'exécuter une décision du parquet visant la destruction d'objets contrefaits saisis dans le cadre d'une procédure judiciaire et les a redistribués à des collègues qu'il sollicitait. Il lui est également reproché d'avoir consulté des fichiers de police à des fins personnelles pour recueillir des renseignements sur d'éventuels locataires d'un bien lui appartenant. Dans ces conditions et au regard de l'exhaustivité des éléments recueillis par les enquêteurs, la matérialité des faits est établie. A cet égard, contrairement à ce qu'affirme le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'interdisent à l'administration de prononcer une sanction disciplinaire sans attendre les résultats de l'action pénale engagée pour les mêmes faits, dès lors que le manquement aux obligations professionnelles est établi. En outre, à supposer que le requérant entende se prévaloir du principe de loyauté de la preuve, l'administration pouvait légalement se fonder sur les éléments de l'enquête pénale conformément à l'article 11-2 du code de procédure pénale.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, et Mmes E et Lusinier, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
V. Lusinier
La présidente,
Signé
C. OriolLa greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026