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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207342

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207342

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Bisalu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de poursuivre ses études ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de produire ses observations en amont de son édiction ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait, dès lors que, contrairement à ce que lui reproche le préfet du Val-d'Oise, elle est titulaire d'un titre de séjour permanent ukrainien ;

- elle n'a jamais été informée du refus de sa demande de protection temporaire en date du 20 avril 2022 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2022 à 12 heures.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense le 18 octobre 2022, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 16 janvier 1998, soutient être entrée en France le 6 mars 2022 en provenance d'Ukraine. Le 4 mai 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de titre de séjour attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle est fondée et mentionne les considérations de fait qui ont conduit à son édiction, notamment que Mme C, qui ne justifie pas du visa de long séjour exigé du ressortissant étranger désireux de s'installer en France plus de trois mois, ne remplit pas les conditions prévues par l'article 9 de la convention franco-congolaise. Elle indique également que l'intéressée ne peut bénéficier ni d'une mesure de régularisation à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'apporte pas la preuve de ne pas être en mesure de retourner en République du Congo, ni sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, au regard de sa situation familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Si ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, il ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. D'une part, il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. D'autre part, il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre celui-ci à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a pu exposer les motifs de sa demande et sa situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. En outre, l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de présenter des observations ou éléments nouveaux avant que ne soit prise la décision portant refus de titre de séjour en litige. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de son droit d'être entendue, garanti par le droit de l'Union européenne.

6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient Mme C, le préfet du Val-d'Oise a considéré qu'elle était entrée en France en provenance d'Ukraine. Si, à cet égard, l'intéressée fait valoir qu'elle est titulaire d'un titre de séjour permanent ukrainien l'autorisant à poursuivre ses études en France, il ressort des pièces du dossier que ce titre lui a seulement été délivré à titre temporaire, jusqu'au 1er septembre 2023. En tout état de cause, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a seulement évoqué l'absence d'un titre de séjour permanent ukrainien pour justifier le refus du bénéfice de la protection temporaire opposé à Mme C, le 20 avril 2022, sans en faire un motif de refus de son admission au séjour en France. En toute hypothèse, la circonstance que cette décision du 20 avril 2022 n'a pas été notifiée à Mme C, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, quand bien même Mme C s'est inscrite à l'université de Tours (Indre-et-Loire), il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise, qui a seulement fondé sa décision de refus de titre portant la mention " étudiant " sur la circonstance que l'intéressée ne respectait pas les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-congolais faute de production d'un visa de long séjour, n'en aurait pas tenu compte. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si Mme C soutient résider en France depuis mars 2022, son entrée sur le territoire français était très récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C, célibataire sans charge de famille en France, serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vivent ses parents et sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, qui n'a ni pour effet ni pour objet de fixer le pays de destination. En tout état de cause, elle ne justifie d'aucune menace personnelle et réelle en cas de retour dans son pays d'origine.

10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme A et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. ALa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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