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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207443

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207443

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET JORION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, l'association Beaumont en commun, représentée par Me Alimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise s'est opposé à l'organisation d'une brocante le 12 juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Beaumont-sur-Oise, à titre principal, d'autoriser l'organisation de la brocante le 12 juin 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de reprendre l'instruction de ses demandes, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 11 de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen et l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la liberté du commerce et de l'industrie ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-4 du code de la sécurité intérieure, et R. 310-8 du code de commerce ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, la commune de Beaumont-sur-Oise, représentée par Me Jorion, conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire, au rejet de la requête au fond, et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 28 mai 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure, en ce que le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour interdire l'organisation d'une brocante.

Par un mémoire en date du 12 juin 2024, la commune de Beaumont-sur-Oise a répondu à ce moyen. Elle sollicite une substitution de base légale par remplacement des dispositions de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, ou par celles de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un courrier du 29 octobre 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 2121-5 du code de la sécurité intérieure, en ce que le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour interdire l'organisation d'une brocante.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :- le code de la sécurité intérieure ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,

- et les observations de Me Favain, représentant la commune de Beaumont-sur-Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 5 mai 2022, adressé au président de l'association Beaumont en commun, le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise s'est opposé à l'organisation, par cette association, d'une brocante le 12 juin 2022, après dépôt de plusieurs protocoles de manifestation en ce sens par l'association. Par la présente requête, l'association Beaumont en commun demande l'annulation de la décision du 5 mai 2022.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Beaumont-sur-Oise :

En ce qui concerne le défaut d'intérêt à agir :

2. La commune de Beaumont-sur-Oise soutient que la requête est irrecevable en ce que l'association Beaumont en commun ne dispose pas d'un intérêt à agir pour contester une décision relative à une initiative qu'elle ne pouvait pas organiser au vu de ses statuts. Toutefois, la décision attaquée étant une décision individuelle, opposée directement à l'association requérante, celle-ci bénéficie, de ce seul fait, d'un intérêt lui donnant qualité pour la contester. Par suite, cette première fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.

En ce qui concerne la tardiveté de la requête :

3. La commune de Beaumont-sur-Oise soutient que la requête est irrecevable en ce que la décision attaquée, datée du 5 mai 2022, est une décision confirmative d'une précédente décision datée du 10 février 2022, laquelle n'a pas été contestée dans le délai de recours contentieux.

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. La recevabilité d'un recours contre une nouvelle décision ne saurait être écartée en raison du caractère confirmatif de cette dernière que si la décision qu'elle confirme a acquis un caractère définitif. Or, la décision du 10 février 2022 ne mentionnait pas les voies et délais de recours susceptibles d'être exercés à son encontre. L'association disposait alors d'un délai raisonnable d'un an pour la contester, qui a commencé à courir à compter du 10 février 2022. Dans ces conditions, à la naissance de la décision attaquée, le 5 mai 2022, la décision du 10 février 2022 n'avait pas acquis de caractère définitif. La décision du 5 mai 2022 ne peut donc être qualifiée de confirmative de celle du 10 février 2022. La seconde fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la base légale de la décision :

6. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique. / Toutefois, sont dispensées de cette déclaration les sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux. / Les réunions publiques sont régies par les dispositions de l'article 6 de la loi du 30 juin 1881. ". Aux termes de l'article L. 211-4 du même code : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu. / Le maire transmet, dans les vingt-quatre heures, la déclaration au représentant de l'Etat dans le département. Il y joint, le cas échéant, une copie de son arrêté d'interdiction. / Si le maire, compétent pour prendre un arrêté d'interdiction, s'est abstenu de le faire, le représentant de l'Etat dans le département peut y pourvoir dans les conditions prévues à l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales. ". Aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, les 7 février et 28 mars 2022, l'association Beaumont en commun a déposé plusieurs protocoles de manifestations, dans le but d'organiser une brocante sur le territoire de la commune de Beaumont-sur-Oise le 12 juin 2022. Par la décision contestée, le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise a interdit l'organisation de la brocante, en se fondant sur les dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code de la sécurité intérieure et L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Toutefois, la brocante sollicitée ne constituant pas une manifestation au sens de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure, le maire de cette commune n'a pas pu interdire sa tenue sur le fondement de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure sans méconnaître le champ d'application de la loi. C'est également en méconnaissance du champ d'application de la loi que l'autorité municipale, motif pris de la qualité de conseiller municipal du président de l'association, s'est appuyée sur les dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, relatives aux conditions dans lesquelles un membre d'un conseil municipal peut être déclaré démissionnaire.

8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

En ce qui concerne les demandes de substitution de base légale :

Sur la demande de substitution par remplacement des dispositions de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales :

9. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques () ".

10. La commune de Beaumont-sur-Oise soutient que la brocante a pu être interdite sur ce fondement en raison de l'existence d'une menace pour l'ordre public. Toutefois, si elle fait état de la mobilisation des policiers municipaux pour l'organisation des élections législatives, le même jour, il apparaît que cela ne concernait que quatre d'entre eux, les cinq autres étant en repos. Par ailleurs, si elle invoque en outre les troubles à la circulation occasionnés par la précédente édition de la brocante, elle n'apporte aucun élément concret à l'appui de ces allégations. A cet égard, l'association Beaumont en commun fait valoir, sans être contestée, que lors de la première édition de la brocante, un seul agent municipal s'était brièvement présenté afin de vérifier l'absence de difficultés, avant de repartir. Dans ces conditions, le motif d'ordre public avancé par la commune de Beaumont-sur-Oise ne paraît pas de nature à justifier l'interdiction de la tenue de la brocante en cause sur le fondement des dispositions des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. La substitution de base légale présentée par la commune ne peut donc pas être accueillie.

Sur la demande de substitution par remplacement des dispositions de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure par les dispositions de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques :

11. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Aux termes de l'article L. 2121-1 du même code : " Les biens du domaine public sont utilisés conformément à leur affectation à l'utilité publique. / Aucun droit d'aucune nature ne peut être consenti s'il fait obstacle au respect de cette affectation. ".

12. Il résulte de la comparaison entre l'objet et la portée de ces dispositions et de ceux des dispositions de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure que l'administration de dispose pas du même pouvoir d'appréciation selon qu'elle se base sur l'une ou l'autre de ces dispositions. Par suite, l'une des conditions de la substitution de base légale n'étant pas remplie, il n'y a pas lieu de procéder à la demande de la commune de Beaumont-sur-Oise en ce sens.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que l'association Beaumont en commun est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2022 par laquelle la commune de Beaumont-sur-Oise s'est opposée à l'organisation d'une brocante le 12 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 911-2 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ". Pour déterminer les mesures d'exécution qu'implique l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision administrative il convient de se placer à la date à laquelle l'injonction est prononcée.

15. La date souhaitée pour l'organisation de la brocante étant désormais passée, le présent jugement n'implique ni qu'il soit enjoint à la commune de Beaumont-sur-Oise d'autoriser l'organisation de la brocante du 12 juin 2022 ni même que soit reprise l'instruction de sa demande. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent donc qu'être écartées.

Sur les frais du litige :

16. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'association Beaumont en commun, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais exposés dans l'instance par la commune de Beaumont-sur-Oise.

17. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beaumont-sur-Oise la somme que demande l'association requérante au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 mai 2022 par laquelle la commune de Beaumont-sur-Oise s'est opposée à l'organisation d'une brocante le 12 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association Beaumont en commun et les conclusions présentées par la commune de Beaumont-sur-Oise sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Beaumont en commun et au maire de la commune de Beaumont-sur-Oise.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. Viain

Le président,

signé

C. Huon La greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207443

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