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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207655

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207655

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2204816 du 16 mai 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a transmis la requête de M. D, enregistrée au greffe de ce tribunal le 13 mai 2022, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 mai et 24 juin 2022, M. D, représenté par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Concernant l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale dès lors qu'elle porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

Concernant la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Concernant la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un délai de départ volontaire aurait dû lui être accordé au regard de sa présence en France depuis cinq ans.

Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français en raison de la durée de sa présence en France, de son emploi et la nature et l'ancienneté de ses liens ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale dès lors qu'elle porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, premier vice-président, en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2022, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les observations de Me Frydryszak, substituant Me Pigot, représentant M. D qui fait valoir que la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive ;

- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. D, ressortissant sri lankais né le 10 novembre 1985, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger

M. D à quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, pour prendre cette décision la préfète a retenu, que compte tenu du fait qu'il est célibataire et sans enfant, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par une décision du 12 novembre 2018, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement par les autorités compétentes. En outre, il n'est pas établi que M. D aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement attaquée, voire qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu le principe du contradictoire ainsi que son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D, fait valoir qu'il est entré régulièrement sur le territoire français en juillet 2017. Toutefois, ainsi que repris dans l'arrêté attaqué, il déclare être célibataire et sans enfant. De plus, il n'apporte aucun élément probant de nature à constituer des liens personnels et familiaux effectifs sur le territoire français. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée, fixant le pays de renvoi n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle refusant un délai de départ volontaire sont motivées. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code dont il est fait application. En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne les éléments de faits propres à la situation de M. D qui motivent la mesure d'éloignement en énonçant qu'il se maintien de manière irrégulière sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. L'arrêté litigieux mentionne également que la mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé qui a déclaré être célibataire et sans enfant. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant un délai de départ volontaire à M. D.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

12. En l'espèce, l'arrêté attaqué se borne à indiquer que M. D se maintient de manière irrégulière sur le territoire français et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, sans faire état de l'ancienneté de sa présence sur le sol français. De plus, l'arrêté attaqué n'établit pas si sa présence sur le territoire français peut être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, M. D est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est disproportionnée et est insuffisamment motivée et à en demander pour ce motif l'annulation.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2022 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 12 mars 2022 en tant qu'il interdit M. D de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

F. B

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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