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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207697

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207697

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai 2022 et 26 avril 2023, Mme E A, représentée par Me Smimite, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2022 par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle sur un terrain sis 62 sente de l'Orme Brûlé ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Herblay-sur-Seine de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Herblay-sur-Seine la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire ne justifie pas de sa qualité pour représenter la commune en justice ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; en conséquence, elle bénéficie d'un permis de construire tacite ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le maire de la commune a méconnu l'étendue de ses compétences ;

- le permis de construire a été refusé sur le fondement d'un plan local d'urbanisme illégal, dès lors que ses dispositions relatives au zonage des espaces paysagers remarquables ne sont pas justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la commune d'Herblay-sur-Seine, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- les observations de Me Smimite, représentant Mme A ;

- les observations de Me Herpin, représentant la commune d'Herblay-sur-Seine ;

Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 14 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le maire d'Herblay-sur-Seine a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'elle sollicitait en vue de construire une maison individuelle sur un terrain sis 62 sente de l'Orme Brûlé.

Sur la recevabilité des écritures en défense de la commune :

2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : ()16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ; () ".

3. Par une délibération du 30 mai 2020, le conseil municipal d'Herblay-sur-Seine a habilité le maire à défendre la commune dans les actions intentées contre elle. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le maire n'était pas habilité à représenter la commune en justice.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; (). ". Selon l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. /Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. Pour les communes de plus de 50 000 habitants, cette transmission est réalisée selon ces modalités dans un délai de cinq ans à compter de la promulgation de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République. /Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. /La preuve de la réception des actes par le représentant de l'Etat dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen. L'accusé de réception, qui est immédiatement délivré, peut être utilisé à cet effet mais n'est pas une condition du caractère exécutoire des actes. /La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté délivrant le permis de construire en litige a été signé par Mme B C, adjointe au maire déléguée à l'aménagement du territoire et à l'urbanisme, qui bénéficiait d'une délégation de fonction et de signature dans les domaines liés à l'aménagement du territoire et à l'urbanisme par un arrêté n°A20J108 en date du 21 décembre 2020, à l'effet de signer " tous les documents, courriers et actes s'y rapportant en ce qui concerne le suivi et la gestion () des arrêtés municipaux relatifs au droit des sols (accord, accord avec prescriptions, refus, sursis à statuer, prorogation, transfert, annulation, retrait, certificats de tacité, décision tacite) et leurs pièces annexes ; () ". Cette délégation, suffisamment précise, a été transmise à la préfecture du Val-d'Oise le 21 décembre 2020 et a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs du 4ème trimestre 2020, ainsi que cela ressort de l'attestation du maire de la commune établie le 27 novembre 2023.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. /Un décret en Conseil d'Etat précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis. ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes () ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

7. En application de ces dispositions, le demandeur d'un permis de construire n'est réputé être titulaire d'un permis tacite que lorsqu'aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier. Ce délai peut être interrompu par une demande de pièces complémentaires adressée au pétitionnaire, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, à la condition que cette demande intervienne dans un délai d'un mois suivant le dépôt de la demande de permis de construire et qu'elle porte sur les pièces limitativement énumérées par le code de l'urbanisme.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé sa demande de permis de construire le 22 décembre 2021, laquelle a été complétée le 3 février 2022. Il n'est pas contesté que le délai d'instruction de droit commun de deux mois a commencé à courir à cette date. Dans ces conditions, l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a refusé de délivrer un permis de construire à la requérante fait obstacle à la naissance d'une décision d'autorisation tacite. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un permis de construire tacite doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. /Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ". Selon l'article A. 424-2 du même code : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : a) Indique la collectivité au nom de laquelle la décision est prise ; b) Vise la demande de permis ou la déclaration et en rappelle les principales caractéristiques : nom et adresse du demandeur, objet de la demande, numéro d'enregistrement, lieu des travaux ; c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. /L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire. ". Aux termes de l'article A. 424-3 du code précité : " L'arrêté indique, selon les cas ; () b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; () ". Enfin, l'article A. 424-4 du même code poursuit : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ".

10. Il ressort de l'examen de l'arrêté en litige que celui-ci mentionne les motifs de droit et de fait ayant conduit l'administration à s'opposer au projet de Mme A. En effet, l'arrêté attaqué se réfère aux dispositions du code de l'urbanisme, notamment celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme sur lesquelles il se fonde et au plan de zonage du plan local d'urbanisme de la commune. L'arrêté contesté précise en particulier que le projet en litige est de nature à porter atteinte aux paysages naturels, dès lors qu'il se trouve dans un espace paysager remarquable repéré au plan de zonage du plan local d'urbanisme et que le projet de construction d'une maison individuelle nuit ainsi au caractère écologique du site. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé au regard des dispositions précitées. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : 1° Un rapport de présentation ; 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; 4° Un règlement ; 5° Des annexes. /Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques. Ces documents graphiques peuvent contenir des indications relatives au relief des espaces auxquels il s'applique. ". Selon l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. /Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ".

12. Mme A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le maire de la commune refuse de délivrer le permis de construire sollicité en se fondant sur le plan d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme de la commune d'Herblay-sur-Seine ainsi que sur son rapport de présentation, qui ne sont pas des documents opposables à une demande d'autorisation d'urbanisme. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a pris sa décision de refus en se fondant sur l'unique motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté comme étant inopérant.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

14. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

15. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité, l'arrêté attaqué se fonde sur le motif tiré de ce que le projet est situé dans un espace paysager remarquable et qu'il " nuit au caractère écologique du site ".

16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la construction envisagée d'une maison individuelle sera implantée sur une parcelle de 811 m2 située en zone UR 1, qui est caractérisée par une végétation dense et qui a été identifiée comme un espace paysager remarquable au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Ainsi, alors que le site d'implantation du projet est identifié comme un espace naturel et boisé au sein d'un espace urbanisé, le projet litigieux, consistant en la construction d'une maison individuelle d'une emprise au sol de 68, 60 m2 et l'aménagement d'un accès et d'espaces de stationnement de 49, 50 m2, est de nature à porter atteinte aux paysages naturels du site. Dans ces conditions, et nonobstant la double circonstance que Mme A est bénéficiaire d'un arrêté du 3 novembre 2021 portant autorisation de défrichement et se prévaut d'un rapport de diagnostic phytosanitaire sur l'état de douze arbres sur sa parcelle, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. En sixième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme : " L'illégalité pour vice de forme ou de procédure d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'une carte communale ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ne peut être invoquée par voie d'exception, après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet du document en cause. /Les dispositions de l'alinéa précédent sont également applicables à l'acte prescrivant l'élaboration ou la révision d'un document d'urbanisme ou créant une zone d'aménagement concerté. /Les deux alinéas précédents ne sont pas applicables lorsque le vice de forme concerne : -soit la méconnaissance substantielle ou la violation des règles de l'enquête publique sur les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme et les cartes communales ; -soit l'absence du rapport de présentation ou des documents graphiques. ".

18. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. /Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ". Et selon l'article R. 151-43 du même code : " Afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut : () 5° Identifier, localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger au titre de l'article L. 151-23 pour lesquels les travaux non soumis à un permis de construire sont précédés d'une déclaration préalable et dont la démolition est subordonnée à la délivrance d'un permis de démolir, et définir, s'il y a lieu, les prescriptions nécessaires pour leur préservation ; 6° Délimiter dans les documents graphiques les terrains et espaces inconstructibles en zone urbaine en application du second alinéa de l'article L. 151-23 ; () ". Ces dispositions permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

19. En l'espèce, Mme A conteste le classement de sa parcelle AK n°37 située en zone UR 1, en espace paysager remarquable par le règlement de la zone UR 1 du plan local d'urbanisme de la commune ainsi que le plan de zonage, excipant ainsi de l'illégalité de ce document d'urbanisme. A cet égard, elle fait valoir que la commune d'Herblay-sur-Seine, dans le cadre de la modification de son plan local d'urbanisme, ne classe plus sa parcelle en espace boisé classé, que l'Etat en a autorisé le défrichement et que les arbres qui y sont présents doivent être abattus selon le rapport de diagnostic phytosanitaire susmentionné.

20. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la parcelle de Mme A a été classée comme un espace paysager remarquable par le règlement de la zone UR1 du plan local d'urbanisme de la commune ainsi que par le plan de zonage. Elle est ainsi identifiée par ce règlement comme un site " à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d'ordre esthétique, historique ou écologique. Tous travaux ayant pour effet de détruire un élément de paysage et notamment les coupes et abattages d'arbres doivent faire l'objet d'une demande d'autorisation préalable. ". En effet, il ressort des pièces du dossier que cette parcelle, totalement boisée et située dans un ilot de verdure, se situe à proximité immédiate du corridor écologique traversant la commune du Nord au Sud et qu'elle fait partie des espaces verts du territoire à conserver et à protéger, permettant de préserver et créer des continuités écologiques potentielles dans la ville, conformément aux orientations du projet d'aménagement et de développement durable et en particulier à son axe 5 qui est de " de renforcer et valoriser le patrimoine naturel pour garantir un développement durable du territoire ". En outre, la commune d'Herblay-sur-Seine dispose d'une orientation d'aménagement et de programmation dite " trame verte et bleue ", qui identifie la parcelle de Mme A à proximité d'un corridor écologique et qui doit être préservée et mise en valeur au sein de l'espace urbain, pour favoriser la structuration des continuités écologiques entre elles. L'orientation d'aménagement et de programmation dite " trame verte " vise notamment à accentuer les liens entre les bois et les espaces naturels, à créer de nouvelles continuités et corridors écologiques, à créer des cheminements doux pour relier les divers espaces verts, naturels et agricoles du territoire et à protéger les bois et espaces verts existants. Dans ces conditions, les caractéristiques de la parcelle de Mme A et sa localisation permettaient à la commune de l'identifier comme un site à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. A cet égard, si Mme A se prévaut d'une autorisation de défrichement du 3 novembre 2021, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause les éléments de paysage du site. En outre, si la requérante se prévaut également d'un diagnostic phytosanitaire, le rapport versé au dossier se limite à la réalisation d'un diagnostic phytosanitaire de douze arbres et n'est pas de nature à remettre en cause l'identification du site comme un espace nécessaire au maintien des continuités écologiques. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le classement de sa parcelle en espace paysager remarquable est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Ce moyen devra donc être écarté.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section. ".

22. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de permis de construire, de déterminer si le projet qui lui est soumis ne méconnaît pas les dispositions du plan local d'urbanisme applicables, y compris telles qu'elles résultent le cas échéant d'adaptations mineures, lorsque la nature particulière du sol, la configuration des parcelles d'assiette du projet ou le caractère des constructions avoisinantes l'exige. Le pétitionnaire peut, à l'appui de sa contestation, devant le juge de l'excès de pouvoir, du refus opposé à sa demande se prévaloir de la conformité de son projet aux règles d'urbanisme applicables, le cas échéant assorties d'adaptations mineures dans les conditions précisées ci-dessus, alors même qu'il n'a pas fait état, dans sa demande à l'autorité administrative, de l'exigence de telles adaptations.

23. En l'espèce, Mme A soutient que le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a méconnu l'étendue de ses compétences dès lors qu'il pouvait lui délivrer le permis de construire sollicité par la prescription d'adaptations mineures relatives à la plantation d'arbres. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit aux points 16 et 20 du présent jugement, Mme A n'établit pas que le projet litigieux pourrait devenir conforme aux règles d'urbanisme applicables par la seule plantation d'arbres supplémentaires. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de Mme A n'implique aucune mesure d'exécution de la part de la commune. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Herblay-sur-Seine, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre, par Mme A.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A, la somme demandée par la commune d'Herblay-sur-Seine sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Herblay-sur-Seine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la commune d'Herblay-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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