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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207727

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207727

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantLALANNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation sociale, a rejeté la requête de Mme A qui contestait le refus de la commission de médiation des Hauts-de-Seine de reconnaître son logement comme prioritaire et urgent. La requérante invoquait notamment la suroccupation de son logement et la nécessité d’accueillir ses enfants dans le cadre d’un regroupement familial, en se fondant sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a estimé que la commission de médiation n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en rejetant sa demande, au regard des dispositions du code de la construction et de l’habitation. La solution retenue est le rejet de la demande d’annulation et de l’injonction sollicitée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 30 mars, 20 mai, 17 juin 2022 et 30 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Lalanne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 5 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision en date du 23 mars 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- elle a besoin d'un logement plus grand pour pouvoir accueillir ses enfants dans le cadre du regroupement familial et que ses besoins doivent être appréciés compte tenu de cette nécessité ;

- faire prévaloir les dispositions du code de la construction et de l'habitation sur celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reviendrait à méconnaitre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- si la commission de médiation lui a opposé le caractère récent de ses démarches, un administré peut être reconnu prioritaire sans condition de délai s'il établit l'existence d'une situation de suroccupation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2023, le préfet conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu

- la décision attaquée ;

- la décision en date du 27 mars 2023 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) à Mme A ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 5 janvier 2022, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Par une décision en date du 23 mars 2022, elle a rejeté le recours gracieux de Mme A dirigé contre la décision initiale. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. ". Aux termes de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. A l'appui de sa requête, Mme A, qui occupe un logement de 34 mètres carrés qui n'est donc pas suroccupé, invoque, en premier lieu, un besoin urgent d'obtention d'un logement plus grand afin que ses trois enfants mineurs qui résident en République démocratique du Congo puissent la rejoindre dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Toutefois, la seule circonstance que son logement ne permettait pas de voir sa demande de regroupement familial satisfaite eu égard à sa superficie ne constitue pas un motif permettant de voir sa demande prospérer faute de présenter un caractère d'urgence.

5. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la commission de médiation ne pouvait lui opposer le caractère récent de ses démarches au motif qu'elle justifierait d'une situation d'urgence à être relogée, il résulte des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation citées au point 2 que la commission de médiation se prononce sur le caractère prioritaire de la demande de logement en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées par le demandeur. Le moyen est donc inopérant.

6. En dernier lieu, les décisions attaquées, qui ne préjugent pas de l'issue des démarches entamées par ailleurs par Mme A pour obtenir un logement social et qui ne peuvent donc pas être regardées comme compromettant définitivement la procédure de regroupement familial présentée par l'intéressée, ne peuvent être regardées comme méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales contrairement à ce que soutient la requérante.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque.

8. Sa requête doit donc être rejetée dans toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lalanne et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière

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