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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207973

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207973

jeudi 30 juin 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET ABSIL CARMINATI TRAN TERMEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 24 juin 2022, M. D A, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions combinées des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'État sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu garanti par les paragraphes 1 et 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquence sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, a conclu au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que pour statuer sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, en application de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêt rendu par la Cour de justice de l'Union européenne le 22 novembre 2012, dans l'affaire C 277/11 ;

- l'arrêt rendu par la Cour de justice de l'Union européenne le 10 septembre 2013, dans l'affaire C 383/13 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le lundi 27 juin 2022 à 15h00 :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée ;

- et les observations de Me David, substituant Me Gonidec, pour M. A, présent, qui maintient les conclusions et précise les moyens, rappelant que le requérant n'a jamais reçu la décision d'éloignement qui fonde la décision attaquée et qu'il n'a donc pu la contester.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 11 novembre 1996, est un ressortissant guinéen qui déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 7 février 2022, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un second arrêté du 2 juin 2022, le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français d'une durée de douze mois. Le requérant demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux délais qui s'imposent à la présente procédure et à la situation de M. A, il y a lieu de faire droit à sa demande de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de ladite charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses décisions visées ci-dessus, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que cette autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision que M. A a bien été entendu par les services de la préfecture de police le 1er juin 2022, avec l'aide d'un interprète, avant l'édiction de la mesure attaquée dans le cadre d'une mesure de retenue administrative, où il a pu faire valoir les différents éléments de sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit à être entendu aurait été méconnu doit être écarté.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet a omis de mentionner de manière précise dans l'arrêté tous les éléments de sa situation susceptible d'être pris en compte dans son appréciation, le préfet n'a aucune obligation de mentionner de manière exhaustive ces éléments. En outre aucun défaut d'examen ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu notifier le 10 février 2022 par voie postale avec accusé de réception une décision d'éloignement sans délai du préfet du Val-d'Oise du 7 février 2022 dont il est constant qu'il ne l'a pas exécutée. La circonstance que la décision attaquée mentionne également, et par erreur, une décision d'éloignement du 2 juin 2022, date de la décision d'interdiction de retour, doit être regardée comme une simple erreur de plume sans incidence sur la légalité du fondement de la décision attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées ont été méconnues.

11. En cinquième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. Il ressort des termes de la décision attaquée, non contestée sur ce point par M. A, qu'il est célibataire et sans enfant sur le territoire national. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier qu'il ait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. En dernier lieu, la seule présence de M. A sur le territoire français depuis quatre années n'est pas de nature à établir que le préfet aurait manifestement mal apprécié les conséquences de la décision attaquée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Gonidec et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.

La magistrate désignée

signé

M. B

Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207973

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