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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208288

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208288

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin 2022 et 27 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a totalement mis à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'interruption du versement de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement de cette somme à son profit.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré, d'une part, qu'il aurait reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 551-9, L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, qu'il a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité en application des articles L. 522-1, L. 522-2 et L. 551-16 du même code ;

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur les manquements qui lui sont reprochés ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et R. 551-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet et 9 août 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Amazouz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 18 août 1996, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 27 décembre 2021 en procédure dite " Dublin ". Le 29 décembre 2021, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 24 mai 2022, la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge a totalement mis à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A l'appui de sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites () ".

4. Il résulte clairement des dispositions l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que le transfert vers l'État membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

5. Pour mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur le motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Dans son mémoire en défense, le directeur général de l'Office précise que l'intéressé a refusé de réaliser un test PCR afin d'organiser son départ vers la Bulgarie, faisant ainsi échec à la procédure de transfert. Toutefois, alors que le requérant conteste qu'il a refusé de se soumettre à un tel test, ni la fiche de déclaration de fuite établie par les services du ministère de l'intérieur, qui ne précise pas le motif pour lequel l'intéressé a été déclaré en fuite, ni le document qui a été remis à l'intéressé le 21 mars 2022, soit le jour de la notification d'un arrêté de transfert vers la Bulgarie, l'informant des conséquences d'un éventuel refus de se soumettre à un test PCR, ne permettent d'établir la réalité du manquement reproché à M. B. En outre, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant avait introduit, le 30 mars 2022, un recours contre l'arrêté de transfert du 21 mars 2022, qui a été annulé par un jugement du tribunal en date du 17 juin 2022, le directeur général de l'OFII ne précise pas quand et à quelle occasion, l'intéressé aurait refusé de se soumettre à un test PCR. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée, qui est fondée sur des faits matériellement inexacts, méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à en demander l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". En vertu de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié, le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision.

7. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2208281 du 30 juin 2022, le directeur général de l'OFII a rétabli à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 26 juillet 2022 et jusqu'à la fin du mois de décembre 2022, mois suivant celui au cours duquel la décision lui reconnaissant la qualité de réfugié lui a été notifiée. Ainsi, au vu de ce qui précède et eu égard à ce qui est énoncé au point 5 du présent jugement, il y a uniquement lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de verser au requérant l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 24 mai 2022, date de la décision attaquée, au 25 juillet 2022 inclus. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête, présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 24 mai 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à M. B l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 24 mai 2022 au 25 juillet 2022.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme D.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

signé

S. AmazouzLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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