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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208337

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208337

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantNGO FOLLIOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 13 et 24 juin 2022, M. A, représenté par Me Ngo-Folliot, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 A 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette obligation d'une décision fixant le pays de destination, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande en annulation, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le rejet de sa demande de titre de séjour l'éloignerait de son épouse, avec laquelle il envisage d'avoir des enfants ; ce refus compromet la poursuite de ses études et l'expose au risque de perdre ses deux emplois ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* il doit bénéficier de plein droit d'une carte de séjour " vie privée et familiale " conformément aux dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lorsqu'il est entré en France de façon régulière, qu'il entretient une relation amoureuse depuis cinq ans avec une ressortissante française qu'il a épousée et avec laquelle il justifie une vie commune de plus de six mois sans que son épouse ait renoncé à sa nationalité depuis leur mariage ;

* il peut bénéficier de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an conformément aux dispositions de l'article L. 423-23 du même code dès lors qu'il justifie de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables en France résidant sur le territoire de manière ininterrompue depuis quatorze ans ;

* l'arrêté porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant n'établit pas la condition d'urgence ;

- aucun des moyens invoqués n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que :

* il ne satisfait pas à la condition de diplôme exigée par les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il ne justifie ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français ni avoir informé l'administration de son mariage, contracté le 12 février 2022 et survenu postérieurement à la date de sa demande d'autorisation provisoire de séjour ; en tout état de cause, il ne justifiait pas à la date de la décision d'une vie commune et effective de six mois avec sa conjointe, Mme B ;

* le requérant a bien fait l'objet d'un examen particulier de sa situation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2208335, enregistrée le 13 juin 2022, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 29 juin 2022 à 11 heures 30.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, juge des référés, qui a informé les parties présentes à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté contesté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de destination ne sont pas recevables ;

- les observations orales de Me Ngo-Folliot, représentant M. A, qui reprend ses conclusions et moyens et soulève en outre le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ; elle précise en outre au tribunal qu'il a été impossible pour M. A de déposer, lors de son rendez-vous de délivrance de récépissé le 18 mars 2022, ses diplômes ou toute preuve de nature à justifier du changement de sa situation matrimoniale.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vietnamien né le 17 juillet 1987, déclare être entré sur le territoire français le 15 septembre 2007 en vue de poursuivre des études musicales. Il a été mis en possession de plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dont la dernière est arrivée à expiration le 30 décembre 2021. Le 12 novembre 2021, M. A a présenté un dossier de " demande d'une autorisation provisoire de séjour (APS) après un master ou une licence professionnelle / Titre de séjour recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le site " demarches-simplifiees.fr " de la préfecture de Nanterre. Le 25 février 2022, M. A a reçu une convocation pour se présenter le 18 mars 2022 au bureau du séjour des étrangers de la préfecture de Nanterre. Lors de cette convocation, il s'est vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 17 juin 2022. Par un arrêté du 10 A 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par ce même arrêté, le préfet des Hauts-de-Seine lui a également demandé de restituer son passeport, l'a obligé à se présenter en préfecture tous les mardis à 10 heures, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a procédé à un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction et a abrogé son récépissé. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant une demande d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

4. Le 13 juin 2022, M. A a saisi le tribunal d'une requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 A 2022. Le dépôt de cette requête aux fins d'annulation a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution de décisions dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et des décisions qui en découlent sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

6. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse

7. Pour justifier de la situation d'urgence dont il se prévaut, M. A produit les preuves, notamment scolaires, de sa présence en France depuis 2008, les justificatifs de sa formation par son diplôme de licence en musicologie, son diplôme national supérieur professionnel de musicien, son diplôme d'Etat de professeur de musique, les justificatifs de son insertion professionnelle par la copie de ses contrats de travail et notamment de celui par lequel il a été engagé comme assistant d'enseignement artistique du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022 par la commune d'Ermont, ainsi qu'un courriel du 17 juin 2022 du directeur du conservatoire de cette commune lui indiquant qu'il n'était plus considéré comme un agent de la commune à défaut de justifier d'un titre de séjour. Il produit également la preuve de son mariage le 12 février 2022 avec une ressortissante française. Dans ces conditions, la décision litigieuse préjudicie de façon suffisamment grave et immédiate aux intérêts de M. A pour que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

8. En l'état de l'instruction, compte tenu des éléments de la situation de M. A exposés ci-dessus, révélant son insertion sociale, professionnelle et familiale en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et professionnelle est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

9. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 10 A 2022 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

11. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler en France valable jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation ou qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour contenue dans l'arrêté du 10 A 2022.

Sur les frais du litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision contenue dans l'arrêté du 10 A 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler en France valable jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation ou qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 18 juillet 2022.

La juge des référés

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208337

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