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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208724

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208724

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSAADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2022, M. C I, représenté par Me Saada, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnait les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Garona, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C I, ressortissant algérien, né le 15 juin 1984, déclare être entré en France le 10 septembre 2011, sous couvert d'un visa touristique et s'être maintenu sur le territoire national au-delà de sa validité. Le 15 septembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence, en qualité de parent d'un enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 18 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté PCI n°2022-50 du 29 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du 4 mai 2022, M. F E, adjoint au chef de bureau du séjour des étrangers, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les refus de délivrance de titre de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H D, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme G A, chef du bureau du séjour des étrangers. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date des décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions, qui manquent en fait, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. I soutient que la décision méconnait les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. I aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, M. I ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions et le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, si M. I soutient qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien, il ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ces fondements. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut utilement être invoqué à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, qui n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer le requérant vers son pays d'origine.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. M. I fait valoir qu'il est entré en France au mois de septembre 2011, qu'il est marié avec son épouse, Mme B, depuis 2010, qu'il est père de deux enfants mineurs, nés en 2011 et 2019 et qu'il travaille sous contrat à durée indéterminée, en qualité de chauffeur-livreur. Toutefois, et alors que l'intéressé se prévaut d'une durée de présence en France de plus de 10 ans à la date de la décision attaquée, il n'établit travailler sous contrat à durée indéterminée en qualité de chauffeur livreur, qu'à compter du mois de novembre 2021, sans justifier d'une activité professionnelle antérieure. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant Aymane a perdu la nationalité française qu'il avait acquis par filiation, dès lors que par jugement du tribunal judiciaire de Bobigny du 21 janvier 2020, la reconnaissance de cet enfant a été annulée, au bénéfice de M. I, de seule nationalité algérienne. Ainsi, si l'épouse du requérant bénéficie d'un certificat de résidence d'algérien qui lui avait été délivrée en raison de la nationalité française de son fils, ce titre de séjour n'a pas vocation à être renouvelé sur ce fondement. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu de lien dans son pays d'origine. Enfin, s'il soutient que les deux enfants du couple, nés en 2011 et 2019, sont scolarisés en France, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, l'Algérie, où le requérant a vécu à tout le moins, jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté à la vie privée et familiale de M. I une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Par l'arrêté attaqué, le préfet des Hauts-de-Seine, qui a refusé de délivrer un titre de séjour à M. I, a suffisamment motivé cette décision, dès lors qu'il a visé les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que par jugement du 21 janvier 2020, le tribunal judiciaire de Bobigny a annulé la reconnaissance de paternité de l'enfant Aymane, que M. C I a été reconnu père légitime de cet enfant et qu'ainsi cet enfant ne bénéficiait plus de la nationalité française par filiation. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, la décision n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant signalement de non-admission dans le système d'information Schengen :

12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n°2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

13. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de M. I tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en tant qu'il l'informe du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il est l'objet, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Garona, conseillère ;

- Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés par Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208724

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